« La Verdure dorée » de Tristan Derème

I

Allez et que l’amour vous serve de cornac,

Doux éléphant de mes pensées.

Ô poète, tu n’as qu’

À suivre allégrement leurs croupes balancées,
Cependant que l’espoir te tresse un blanc hamac.

Tu as voulu guider ton troupeau vers les cimes,
Vers le glacier que nul vivant n’avait foulé ;
Les éléphants tremblaient sur le bord des abîmes,
Où, tandis qu’ils tondaient un maigre serpolet,

Tu prenais des poses sublimes.

Va ! Redescends avec tes monstres affamés

Vers la douceur des terres grasses.
C’est le vallon que tu aimais,
La maison aux volets fermés,

La flûte au bord du fleuve et les vieilles terrasses.

Voici la plaine herbeuse où tu reposeras
Dans le hamac consolateur des infortunes ;
L’air nocturne caressera tes membres las,
Et les bleus éléphants brouteront des lilas,

Sous la clarté tiède des lunes.

Tristan Derème

Verdure
Verdure Arbre Par Urbanfeeds-Paris

« Séparation » de Tristan Derème

Séparation

Séparation
Separation between Earth and Sky Par Ikhlasul Amal

J’avais toujours rêvé d’éternelles amours.
Les nôtres ont duré trois mois et quatre jours.
C’est beaucoup. J’aurais pu ne jamais te connaître.
Ainsi tournons la page et fermons la fenêtre
Ouverte sur la plaine immense du bonheur.
Ce soir, nous passerons chez le camionneur.

Pourquoi chausser ici le tragique cothurne
Et blasphémer l’azur d’une bouche nocturne ?
Quittons-nous sans soupirs, sans larmes, sans discours.
Terre ! Nous achevons un voyage au long cours.
Débarquons ! Tu t’en vas. Je m’en vais. Il faut rire
Et ne prendre pas l’air de goujons mis à frire.

Et, tout bas, je sanglote en te parlant ainsi,
Et tu baisses la tête et tu pleures aussi.

Tristan Derème

« La Verdure Dorée »