« La Création » par Marguerite Yourcenar

woman looking at sea while sitting on beach

La Création

Et Dieu s’promena, et regarda bien attentivement
Son Soleil, et sa Lune, et les p’tits astres de son firmament.
Il regarda la terre qu’il avait modelée dans sa paume,
Et les plantes et les bêtes qui remplissaient son beau royaume.
Et Dieu s’assit, et se prit la tête dans les mains,
Et dit : « J’suis encore seul ; j’vais m’fabriquer un homme demain. »
Et Dieu ramassa un peu d’argile au bord d’la rivière,
Et travailla, agenouillé dans la poussière.
Et Dieu, Dieu qui lança les étoiles au fond des cieux,
Dieu façonna et refaçonna l’homme de son mieux.
Comme une mère penchée sur son p’tit enfant bien-aimé,
Dieu peina, et s’ donna du mal, jusqu’à c’ que l’homme fût formé.
Et quand il l’eut pétri, et pétri, et repétri,
Dans cette boue faite à son image Dieu souffla l’esprit.
Et l’homme devint une âme vivante,
Et l’homme devint une âme vivante…

Marguerite Yourcenar

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« Noblesse de confessionnal » par Penicolo, poète amateur

brown wooden church bench near white painted wall

Noblesse de confessionnal

La marquise a un précepteur
Qui lui enseigne la musique
Car elle a le luth romantique
Et un charme dévastateur

En enseignant ce professeur
Subissant son attrait magique
Voit se déformer son physique
Qui s’émeut de tant de douceur​
La marquise feint d’ignorer
Qu’il vient de se revigorer
D’une façon si évidente​
Qu’elle aimerait beaucoup pouvoir
Se montrer un peu plus ardente
Dans l’intimité du boudoir.​

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Nouvelle érotique « Mots Croisés » par un poète amateur

crop faceless woman sitting gracefully in car passenger seat

MOTS CROISÉS

Installé à ma place réservée du T.G.V., côté fenêtre, j’attendais le départ de la rame. Je prends toujours, lorsque cela est possible, une réservation près de la baie vitrée. J’adore regarder les paysages qui défilent. Contrairement à ce que l’on pourrait croire et malgré la vitesse du train, le voyageur a le temps d’admirer à travers le double vitrage sécurité, la vue qui s’offre à son regard. C’est aussi l’emplacement idéal, la fenêtre, pour ne pas être dérangé et pour avoir les yeux occupés. On évite d’observer la personne assise sur le siège attenant au votre, ou à lorgner le titre du livre qu’elle lit, ou les images de la revue qu’elle a grand ouverte sur ses genoux, ou son ordinateur portable. La fenêtre, dans un train, vous permet d’éviter  les autres, de vous isoler, de rêver, d’être à l’extérieur.

La canicule inondait d’une chaleur étouffante la ville ce jour d’été. Le train, malgré la climatisation, était particulièrement chaud. La plupart des voyageurs en tenue légère suffoquaient dans l’air moite. Je m’étais habillé d’une chemisette et d’un bermuda.

Le train patientait à quai en gare de Paris Montparnasse. Dans quelques minutes, il s’ébranlerait pour la destination de Nantes. De mon sac à dos, je sortis un magazine de mots croisés et je commençai à remplir les cases lorsqu’elle est arrivée.

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« Épreuves de l’écrit » par Andrée Chedid

photo of person writing on notebook

Épreuves de l’écrit

On voudrait, d’abord, se concilier l’aube, affermir le sol des tendresses, avant de se heurter à l’écorce lisse de la page, avant de pénétrer dans cette plaine sans abri.

Nue, et parfois hostile, cette page, dont l’appel, cependant, demeure incessant.

Répulsion-attirance, désir-repli, avant d’affronter son espace.
Puis, de s’y inscrire : à torrents ou goutte à goutte.

Devant cette surface mate, sans reliefs, souvent rebelle, comment croire, espérer, qu’à force de mots, de ratures, d’élans, de retombées, transparaîtra, peut-être, un sens qui réduit on ne sait quelle obscurité, qui dévide on ne sait quel écheveau?

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« Acteur du Temps » par Sybille Rembard

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Acteur du temps

Sybille Rembard

Écoulement progressif
Méandre alternatif
Usure
Hier, aujourd’hui, nos demains
Quand je ne serai plus là.
Je t’ai idolâtré
Tu m’as trahie
Lâche
Rivée sur moi-même, j’ai senti ton souffle
De plus en plus renversant
Mourir dans tes bras
Survivre

Sybille Rembard

2007

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« Dans la fièvre du ciel nocturne, l’aube passe » de Renée Vivien

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Dans la fièvre du ciel nocturne, l’aube passe,
Les mains fraîches, riant dans le ciel argentin,
Et, comme les débris d’un somptueux festin,
Les nuages fanés s’effeuillent dans l’espace.

Tes yeux ont le reflet des eaux mortes ; ta grâce
D’amoureuse blêmit au souffle du matin ;
De tes lèvres s’exhale un soupir enfantin ;
Lentement s’alanguit ta forme ardente et lasse.

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