« L’Amour ne disparait jamais » de Paul Claudel

Amour sincère

L’Amour ne disparait jamais

La mort n’est rien, je suis seulement passé dans la pièce d’à côté.
Je suis moi.
Vous êtes vous.
Ce que j’étais pour vous, je le suis toujours.
Donnez-moi le nom que vous m’avez toujours donné.
Parlez-moi, comme vous l’avez toujours fait.
N’employez-pas un ton différent.
Ne prenez pas un air solennel ou triste.
Continuez à rire de ce qui nous faisait rire ensemble.
Priez ou ne priez pas, souriez, pensez à moi.
Que mon nom soit prononcé a la maison comme il a toujours été.
sans emphase d’aucune sorte, sans aucune trace d’ombre.
La vie signifie tout ce qu’elle a toujours été.
Le fil n’est pas coupé.
Pourquoi serais-je hors de votre vue ?
Pourquoi serais-je hors de vos pensées ?
Je ne suis pas loin, juste de l’autre côté du chemin.

Paul Claudel

« Le rossignol et le paon » de Jean-Pierre Claris de Florian

Rossignol

Le rossignol et le paon

L’aimable et tendre Philomèle,
Voyant commencer les beaux jours,
Racontait à l’écho fidèle
Et ses malheurs et ses amours.
Le plus beau paon du voisinage,
Maître et sultan de ce canton,
Elevant la tête et le ton,
Vint interrompre son ramage :
C’est bien à toi, chantre ennuyeux,
Avec un si triste plumage,
Et ce long bec, et ces gros yeux,
De vouloir charmer ce bocage !
A la beauté seule il va bien
D’oser célébrer la tendresse :
De quel droit chantes-tu sans cesse ?
Moi, qui suis beau, je ne dis rien.
Pardon, répondit Philomèle :
Il est vrai, je ne suis pas belle ;
Et si je chante dans ce bois,
Je n’ai de titre que ma voix.
Mais vous, dont la noble arrogance
M’ordonne de parler plus bas,
Vous vous taisez par impuissance,
Et n’avez que vos seuls appas.
Ils doivent éblouir sans doute ;
Est-ce assez pour se faire aimer ?
Allez, puisqu’amour n’y voit goutte,
C’est l’oreille qu’il faut charmer.

Jean-Pierre Claris de Florian