« Tes mains d’horloger » par Clémence Crozet

Mains

Tes mains d’horloger

Longues et fines, intensément suggestives.
Je les regarde avec envie, les désire avec force.
J’écoute leurs mouvements,
les épie dans le moindre détail.

J’imagine les caresses qu’elles pourraient me faire,
le plaisir qu’elles pourraient me donner.
C’est affreux le supplice que tes mains me font subir,
à rester sages, presque à m’ignorer.

Je rêve de toucher, sucer chacune de tes phalanges.
De les soumettre à mon plaisir,
de les guider sur mon corps,
les perdre dans mon écrin. Continuer la lecture de « « Tes mains d’horloger » par Clémence Crozet »

« Sapho » par Alphonse de Lamartine

Sapho se précipitant à la mer

Sapho

L’aurore se levait, la mer battait la plage ;
Ainsi parla Sapho debout sur le rivage,
Et près d’elle, à genoux, les filles de Lesbos
Se penchaient sur l’abîme et contemplaient les flots :

Fatal rocher, profond abîme !
Je vous aborde sans effroi !
Vous allez à Vénus dérober sa victime :
J’ai méconnu l’amour, l’amour punit mon crime.
Ô Neptune ! tes flots seront plus doux pour moi !
Vois-tu de quelles fleurs j’ai couronné ma tête ?
Vois : ce front, si longtemps chargé de mon ennui,
Orné pour mon trépas comme pour une fête,
Du bandeau solennel étincelle aujourd’hui !

On dit que dans ton sein… mais je ne puis le croire !
On échappe au courroux de l’implacable Amour ;
On dit que, par tes soins, si l’on renaît au jour,
D’une flamme insensée on y perd la mémoire !
Mais de l’abîme, ô dieu ! quel que soit le secours,
Garde-toi, garde-toi de préserver mes jours !
Je ne viens pas chercher dans tes ondes propices
Un oubli passager, vain remède à mes maux !
J’y viens, j’y viens trouver le calme des tombeaux !
Reçois, ô roi des mers, mes joyeux sacrifices !
Et vous, pourquoi ces pleurs ? pourquoi ces vains sanglots ?
Chantez, chantez un hymne, ô vierges de Lesbos !
Continuer la lecture de « « Sapho » par Alphonse de Lamartine »

« Ah ! vous voulez la lune » de Victor Hugo

Lune

Ah ! vous voulez la lune ?

Ah ! vous voulez la lune ? Où ? dans le fond du puits ?
Non ; dans le ciel. Eh bien, essayons. Je ne puis.
Et c’est ainsi toujours. Chers petits, il vous passe
Par l’esprit de vouloir la lune, et dans l’espace
J’étends mes mains, tâchant de prendre au vol Phoebé.
L’adorable hasard d’être aïeul est tombé
Sur ma tête, et m’a fait une douce fêlure. Continuer la lecture de « « Ah ! vous voulez la lune » de Victor Hugo »

Le somme d’Estelle de Giovanni Pontano

Sommeil

Le somme d’Estelle

Seins, Chérie, de toi-même – et tétons – dénudés,
Prenant ma main, tu l’as portée à ta poitrine,
À ma bouche abouchant tes lèvres, tendrement,
Sur mes genoux assise – ô mon fardeau d’amour ! –
M’accolant, de sommeil léger bientôt gagnée,
Contre mon sein tu es, languide, retombée,
Après de longs soupirs fermant tes yeux lassés,
Tandis qu’en ta torpeur s’immisçait le repos.

Empressé, je t’apporte un filet mince d’air,
T’éventant doucement d’une paume efficace.
J’allège ton sommeil en chantant ; mon chant parle
Des amours de Sarnis, des doux secrets de Faune : Continuer la lecture de « Le somme d’Estelle de Giovanni Pontano »

« Moine Simple » par Émile VERHAEREN

Moines

Moine simple

Ce convers recueilli sous la soutane bise
Cachait l’amour naïf d’un saint François d’Assise.

Tendre, dévotieux, doux, fraternel, fervent,
II était jardinier des fleurs dans le couvent.

Il les aimait, le simple, avec toute son âme,
Et ses doigts se chauffaient à leurs feuilles de flamme.

Elles lui parfumaient la vie et le sommeil,
Et pour elles, c’était qu’il aimait le soleil

Et le firmament pur et les nuits diaphanes,
Où les étoiles d’or suspendent leurs lianes.

Tout enfant, il pleurait aux légendes d’antan
Où sont tués dés lys sous les pieds de Satan,

Où dans un infini vague, fait d’apparences,
Passent des séraphins parmi des transparences. Continuer la lecture de « « Moine Simple » par Émile VERHAEREN »

« Choses écrites à Créteil » de Victor Hugo

Choses écrites à Créteil

Sachez qu’hier, de ma lucarne,
J’ai vu, j’ai couvert de clins d’yeux
Une fille qui dans la Marne
Lavait des torchons radieux.

Près d’un vieux pont, dans les saulées,
Elle lavait, allait, venait ;
L’aube et la brise étaient mêlées
À la grâce de son bonnet.

Je la voyais de loin. Sa mante
L’entourait de plis palpitants.
Aux folles broussailles qu’augmente
L’intempérance du printemps,

Aux buissons que le vent soulève,
Que juin et mai, frais barbouilleurs,
Foulant la cuve de la sève,
Couvrent d’une écume de fleurs, Continuer la lecture de « « Choses écrites à Créteil » de Victor Hugo »