« Ô prompt à croire et tardif à savoir » de Marguerite de Navarre (Marie de France)

Ô prompt à croire et tardif à savoir

Ô prompt à croire et tardif à savoir 
Le vrai, qui tant clairement se peut voir, 
A votre coeur reçu telle pensée 
Qu’à tout jamais j’en demeure offensée ? 
Est-il entré dans votre entendement, 
Que dans mon coeur y ait un autre amant ? 
Hélas ! mon Dieu, avez-vous bien pu croire 
Qu’autre que vous puisse être en ma mémoire ? 
Est-il possible ? A mensonge crédit 
En votre endroit, ainsi que l’avez dit ?  Continuer la lecture de « « Ô prompt à croire et tardif à savoir » de Marguerite de Navarre (Marie de France) »

« Stances de Madame, sœur du Roi » de Catherine de Bourbon

Stances de Madame, sœur du Roi

[singlepic id=102 w=240 h=320 mode=web20 float=right]Pardonne-moi, Seigneur, tout saint, tout débonnaire,
Si j’ai par trop cédé à de mondains appâts.
Hélas ! je fais le mal, lequel je ne veux pas
Et ne fais pas le bien que je désire faire.

Mon esprit trop bouillant, guidé par ma jeunesse,
S’est laissé emporter après la vanité,
Au lieu de s’élever vers ta Divinité
Et admirer les faits de ta grande sagesse.

Ma langue qui devait publier ta puissance
Et l’honneur que de toi, je reçois tous les jours,
Est bègue quand il faut entrer en ces discours
Et prompte et babillarde après la médisance.

Mon oreille, Seigneur, n’est-elle pas coupable,
Qui devait écouter ta sainte vérité
Et y prendre plaisir : ingrate elle a été,
Sourde à ouïr ta voix et ouverte à la fable.

Que dirai-je, mon Dieu, de mes yeux infidèles,
Qui au lieu de jeter leur regard vers les cieux
D’où leur vient le salut, aveuglés aiment mieux
Les arrêter ici sur des beautés mortelles. Continuer la lecture de « « Stances de Madame, sœur du Roi » de Catherine de Bourbon »

« Quand tu me vois baiser tes bras » de Théophile de Viau

Quand tu me vois baiser tes bras

Stances

Quand tu me vois baiser tes bras,
Que tu poses nus sur tes draps,
Bien plus blancs que le linge même,
Quand tu sens ma brûlante main
Se pourmener dessus ton sein,
Tu sens bien, Cloris, que je t’aime.

Comme un dévot devers les cieux,
Mes yeux tournés devers tes yeux,
A genoux auprès de ta couche,
Pressé de mille ardents désirs,
Je laisse sans ouvrir ma bouche,
Avec toi dormir mes plaisirs. Continuer la lecture de « « Quand tu me vois baiser tes bras » de Théophile de Viau »

« Stances » de Siméon-Guillaume de la Roque

Stances

Un amant qui poursuit les beaux yeux d’une dame,
Et qui les a choisis pour miroir de son âme,
Qui trompe son esprit aux rais de tel flambeau,
S’encourt hâtivement à son heure dernière,
Comme celui qui suit d’un ardant la lumière
Qui le conduit au fleuve où il fait son tombeau.

Il peint dedans la nue, il bâtit sur l’arène,
Il fonde sur les flots son espérance vaine,
Et prépare le feu pour se sacrifier,
Il contraint son humeur, il se change et rechange,
D’un esprit infernal il pense faire un ange,
Et croit en l’adorant de se déifier. Continuer la lecture de « « Stances » de Siméon-Guillaume de la Roque »

« Stances » de Jean Bertaut

Stances

Ne vous offensez point, belle âme de mon âme,
De voir qu’en vous aymant j’ose plus qu’il ne faut :
C’est bien trop haut voller, mais estant tout de flame
Ce n’est rien de nouveau si je m’éleve en haut.

Comme l’on voit qu’au ciel le feu tend et s’élance,
Au ciel de vos beautez je tens pareillement :
Mais luy c’est par nature, et moy par cognoissance ;
Luy par nécessité, moy volontairement. Continuer la lecture de « « Stances » de Jean Bertaut »

« Stances à Parthénice » de Jean Racine

Stances à Parthénice

Extrait

Parthénice, il n’est rien qui résiste à tes charmes :
Ton empire est égal à l’empire des dieux ;
Et qui pourrait te voir sans te rendre les armes,
Ou bien serait sans âme, ou bien serait sans yeux.

Pour moi, je l’avouerai, sitôt que je t’eus vue
Je ne résistai point ; je me rendis à toi :
Mes sens furent charmés, ma raison fut vaincue,
Et mon cœur tout entier se rangea sous ta loi.

Je vis sans déplaisir ma franchise asservie ;
Sa perte n’eut pour moi rien de rude et d’affreux ;
J’en perdis tout ensemble et l’usage et l’envie :
Je me sentis esclave, et je me crus heureux.

Je vis que tes beautés n’avaient point de pareilles :
Tes yeux par leur éclat éblouissaient les miens ;
La douceur de ta voix enchanta mes oreilles ;
Les nœuds de tes cheveux devinrent mes liens.

Je ne m’arrêtai pas à tes beautés sensibles,
Je découvris en toi de plus rares trésors ;
Je vis et j’admirai les beautés invisibles
Qui rendent ton esprit aussi beau que ton corps.

Ce fut alors que voyant ton mérite adorable,
Je sentis tous mes sens t’adorer tour à tour ;
Je ne voyais en toi rien qui ne fût aimable,
Je ne sentais en moi rien qui ne fût amour.

Vous qui n’avez point vu l’illustre Parthénice,
Bois, fontaines, rochers, agréable séjour !
Souffrez que jusqu’ici son beau nom retentisse,
Et n’oubliez jamais sa gloire et son amour.

Jean Racine
« Poésies lyriques »

 

Parthénice
Parthenice Tiger Moth Par Qfamily

« À Madame Lullin » de Voltaire

À Madame Lullin

Hé quoi ! vous êtes étonnée
Qu’au bout de quatre-vingts hivers,
Ma Muse faible et surannée
Puisse encor fredonner des vers ?

Quelquefois un peu de verdure
Rit sous les glaçons de nos champs ;
Elle console la nature,
Mais elle sèche en peu de temps.

Un oiseau peut se faire entendre
Après la saison des beaux jours ;
Mais sa voix n’a plus rien de tendre,
Il ne chante plus ses amours.

Ainsi je touche encor ma lyre
Qui n’obéit plus à mes doigts ;
Ainsi j’essaie encor ma voix
Au moment même qu’elle expire.

« Je veux dans mes derniers adieux,
Disait Tibulle à son amante,
Attacher mes yeux sur tes yeux,
Te presser de ma main mourante. »

Mais quand on sent qu’on va passer,
Quand l’âme fuit avec la vie,
A-t-on des yeux pour voir Délie,
Et des mains pour la caresser ?

Dans ce moment chacun oublie
Tout ce qu’il a fait en santé.
Quel mortel s’est jamais flatté
D’un rendez-vous à l’agonie ?

Délie elle-même, à son tour,
S’en va dans la nuit éternelle,
En oubliant qu’elle fut belle,
Et qu’elle a vécu pour l’amour.

Nous naissons, nous vivons, bergère,
Nous mourons sans savoir comment ;
Chacun est parti du néant :
Où va-t-il ?… Dieu le sait, ma chère.

Voltaire

À Madame Lullin
Le Madame Laudanum Par dontshoot.me!

« Stances amoureuses de la Reine de Navarre » de Marguerite de Valois

Stances amoureuses de la Reine de Navarre

Extraits

Marguerite
Marguerites (Lente agonie… Vivre encore un peu…) Par Louis Engival

J’ai un ciel de désir, un monde de tristesse,
Un univers de maux, mille feux de détresse,
Un Etna de sanglots et une mer de pleurs.
J’ai mille jours d’ennuis, mille nuits de disgrâce,
Un printemps d’espérance et un hiver de glace ;
De soupirs un automne, un été de chaleurs.

Clair soleil de mes yeux, si je n’ai ta lumière,
Une aveugle nuée ennuitte ma paupière,
Une pluie de pleurs découle de mes yeux.
Les clairs éclairs d’Amour, les éclats de sa foudre,
Entrefendent mes nuits et m’écrasent en poudre :
Quand j’entonne mes cris, lors j’étonne les cieux.

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« Marquise, si mon visage… » – Pierre Corneille

Marquise, si mon visage

A quelques traits un peu vieux,
Souvenez-vous qu’à mon âge
Vous ne vaudrez guère mieux.

Le temps aux plus belles choses
Se plaît à faire un affront,
Et saura faner vos roses
Comme il a ridé mon front.

Le même cours des planètes
Règle nos jours et nos nuits :
On m’a vu ce que vous êtes;
Vous serez ce que je suis.

Cependant j’ai quelques charmes
Qui sont assez éclatants
Pour n’avoir pas trop d’alarmes
De ces ravages du temps.

Vous en avez qu’on adore,
Mais ceux que vous méprisez
Pourraient bien durer encore
Quand ceux-là seront usés.

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« Stances » de Claude Binet

Stances

Stance
Bucking Mad Par Mr. Physics

Baisons-nous, belle, mon souci,
Et surpassons la Coulombelle ;
Comme elle trémousse de l’aile,
Tremoussons de nos bras ainsi.

Comme elle poursuit un baiser
Du bec que souvent elle darde,
Notre langue, ainsi fretillarde,
Puisse nos flammes apaiser.

Comme d’un œil à demi clos,
L’aise de son plaisir avance,
Ainsi, pour semblable espérance,
Par l’œil rendez l’amour éclos.

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