« Épreuves de l’écrit » par Andrée Chedid

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Épreuves de l’écrit

On voudrait, d’abord, se concilier l’aube, affermir le sol des tendresses, avant de se heurter à l’écorce lisse de la page, avant de pénétrer dans cette plaine sans abri.

Nue, et parfois hostile, cette page, dont l’appel, cependant, demeure incessant.

Répulsion-attirance, désir-repli, avant d’affronter son espace.
Puis, de s’y inscrire : à torrents ou goutte à goutte.

Devant cette surface mate, sans reliefs, souvent rebelle, comment croire, espérer, qu’à force de mots, de ratures, d’élans, de retombées, transparaîtra, peut-être, un sens qui réduit on ne sait quelle obscurité, qui dévide on ne sait quel écheveau?

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« Acteur du Temps » par Sybille Rembard

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Acteur du temps

Sybille Rembard

Écoulement progressif
Méandre alternatif
Usure
Hier, aujourd’hui, nos demains
Quand je ne serai plus là.
Je t’ai idolâtré
Tu m’as trahie
Lâche
Rivée sur moi-même, j’ai senti ton souffle
De plus en plus renversant
Mourir dans tes bras
Survivre

Sybille Rembard

2007

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« Dans la fièvre du ciel nocturne, l’aube passe » de Renée Vivien

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Dans la fièvre du ciel nocturne, l’aube passe,
Les mains fraîches, riant dans le ciel argentin,
Et, comme les débris d’un somptueux festin,
Les nuages fanés s’effeuillent dans l’espace.

Tes yeux ont le reflet des eaux mortes ; ta grâce
D’amoureuse blêmit au souffle du matin ;
De tes lèvres s’exhale un soupir enfantin ;
Lentement s’alanguit ta forme ardente et lasse.

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« Avec la mort devant » par Andrée Chedid

La Mort

Avec la mort devant

Avec la mort devant

L’homme franchit l’écorce touche à la moelle afflue vers le cœur

Son œil retrouve grain ses pas rabattent les pièges

Sa main ajuste la clef

Ni les neiges ni la verdeur
Ni l’écart ni les ruses

Ne rebutent l’acharné au visage collé d’os

Bientôt

nous nous coucherons

dans ses archives sans frontières

Bientôt

nous coulerons

au fond du lit de tous

Sous la cotte fraternelle

d’eau de terre et de vent

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