« Automne » par Albert Samain

Automne

Le vent tourbillonnant, qui rabat les volets,
Là-bas tord la forêt comme une chevelure.
Des troncs entrechoqués monte un puissant murmure
Pareil au bruit des mers, rouleuses de galets.

L’Automne qui descend les collines voilées
Fait, sous ses pas profonds, tressaillir notre coeur ;
Et voici que s’afflige avec plus de ferveur
Le tendre désespoir des roses envolées.

Le vol des guêpes d’or qui vibrait sans repos
S’est tu ; le pêne grince à la grille rouillée ;
La tonnelle grelotte et la terre est mouillée,
Et le linge blanc claque, éperdu, dans l’enclos.

Le jardin nu sourit comme une face aimée
Qui vous dit longuement adieu, quand la mort vient ;
Seul, le son d’une enclume ou l’aboiement d’un chien
Monte, mélancolique, à la vitre fermée.

Continuer la lecture de « « Automne » par Albert Samain »

« La maison des ombres » de Didier Venturini

La maison des ombres

L'Autre
The Curious Par Marceau R

Il est des ronces et du silence
Où se fatiguent moellons et tuiles
De cette maison qui prend patience
Sur son lopin comme en exil

Elle s’abandonne sans aucun cri
A cette lente progression du temps
Et seul le vent peut suivre ici
Ses lézardes et rides de ciment

Elle se repose sur cette colline
Où l’air vient lui brunir les flancs
Dans ses mousses passent encore des rythmes
Des soupirs des frisson’ments Continuer la lecture de « « La maison des ombres » de Didier Venturini »

« Au couchant » par Armand Launay

Au couchant

[singlepic id=49 w=320 h=240 mode=web20 float=right]Au couchant
Les rayons gagnent de la valeur
À mesure qu’ils perdent de la grandeur.

Précaires, ils se rapprochent de la condition des hommes.
C’est peut-être en cela qu’ils s’attachent mieux à notre âme
Et qu’ils survivent avec nous sous la forme d’espoir
Quand les nuits se font longues.

Ils reviennent au matin et mon cœur rayonne avec eux.

Armand Launay

Crédit Photo : Soleil couchant à Marseille, sur la Corniche

« De pleurs et d'amour » de Marie-Ange Gonzales

De pleurs et d’amour

Je n'avais qu'un seul mot à lui dire...
Je n’avais qu’un seul mot à lui dire… Par mkorchia

Vous me parlez de corps de désirs et d’envies
Je vous parle de cœur, de ma vie et mes folies…
Vous cherchez un ailleurs, un peu sombre et libertin
Vous avez une femme, une fille, une vie

Céder à vos caprices, accepter vos tourments
Vous porter en mon sein serait une erreur…
Ce n’est pas mon destin..

Auprès de moi vit celui que j’attendais sans fin.

Je ne veux pas de secret lourd à porter,
Vos nuits aux miennes ne sont plus liées,
Votre cœur au sien s’est donné,
Dans ses bras vous vous êtes glissé.

Offerte par vous au désespoir, à la nuit
J’ai jeté mes souvenirs au temps passé
Ramassé mes larmes à vos pieds oubliées
Et traîner ma vie en débris laissée.

Dans le caniveau mon ombre et mon âme en errance…. Continuer la lecture de « « De pleurs et d'amour » de Marie-Ange Gonzales »

« Je devine, à travers un murmure » de Paul Verlaine

Je devine, à travers un murmure

Je devine, à travers un murmure,
Le contour subtil des voix anciennes
Et dans les lueurs musiciennes,
Amour pâle, une aurore future !

Et mon âme et mon cœur en délires
Ne sont plus qu’une espèce d’œil double
Où tremblote à travers un jour trouble
L’ariette, hélas ! de toutes lyres !

O mourir de cette mort seulette
Que s’en vont, cher amour qui t’épeures, –
Balançant jeunes et vieilles heures !
O mourir de cette escarpolette !

Paul Verlaine
Poème La Bouche, de Marie Nizet
Lips, par Lips