« Qu'il connaît qu'on feint de l'aimer » d'Honoré d’Urfé

Qu’il connaît qu’on feint de l’aimer

Elle feint de m’aimer, pleine de mignardise,
Soupirant après moi, me voyant soupirer,
Et par de feintes pleurs témoigne d’endurer
L’ardeur que dans mon âme elle connaît éprise.

Le plus accort amant, lorsqu’elle se déguise,
De ses trompeurs attraits ne se peut retirer :
Il faut être sans coeur pour ne point désirer
D’être si doucement déçu par sa feintise.

Je me trompe moi-même au faux bien que je vois,
Et mes contentements conspirent contre moi.
Traîtres miroirs du coeur, lumières infidèles,

Je vous reconnais bien et vos trompeurs appas :
Mais que me sert cela, puisqu’Amour ne veut pas,
Voyant vos trahisons, que je me garde d’elles ?

Honoré d’Urfé

[singlepic id=74 w=240 h=320 mode=web20 float=center]

Abismos de Pasión Par Sebastián-Dario

« Sonnet de Philis » d'Honoré d'Urfé

Sonnet de Philis

L’amour ne brûle plus, ou bien il brûle en vain ;
Son carquois est perdu, ses flèches sont froissées,
Il a ses dards rompus, leurs pointes émoussées,
Et son arc sans vertu demeure dans sa main.

Ou, sans plus être Archer d’un métier incertain,
Il se laisse emporter à plus hautes pensées,
Ou ses flèches ne sont en nos cœurs adressées,
Ou bien, au lieu d’amour, nous blessent de dédain.

Ou bien, s’il fait aimer, aimer c’est autre chose
Que ce n’était jadis, et les lois qu’il propose
Sont contraires aux lois qu’il nous donnait à tous.

Car aimer et haïr, c’est maintenant le même,
Puisque pour bien aimer il faut être jaloux.
Que si l’on aime ainsi, je ne veux plus qu’on m’aime.

Honoré d’Urfé

[singlepic id=25 w=320 h=240 mode=web20 float=center]