« Dolor » de Victor Hugo

« Dolor »

Douleur
L’éventail aux portraits. par Lucie Otto-Bruc

Création ! figure en deuil ! Isis austère !
Peut-être l’homme est-il son trouble et son mystère ?
Peut-être qu’elle nous craint tous,
Et qu’à l’heure où, ployés sous notre loi mortelle,
Hagards et stupéfaits, nous tremblons devant elle,
Elle frissonne devant nous !

Ne riez point. Souffrez gravement. Soyons dignes,
Corbeaux, hiboux, vautours, de redevenir cygnes !
Courbons-nous sous l’obscure loi.
Ne jetons pas le doute aux flots comme une sonde.
Marchons sans savoir où, parlons sans qu’on réponde,
Et pleurons sans savoir pourquoi.

Homme, n’exige pas qu’on rompe le silence ;
Dis-toi : Je suis puni. Baisse la tête et pense.
C’est assez de ce que tu vois.
Une parole peut sortir du puits farouche ;
Ne la demande pas. Si l’abîme est la bouche,
Ô Dieu, qu’est-ce donc que la voix ? Continuer la lecture de « « Dolor » de Victor Hugo »

« Dolorosæ » de Victor Hugo

Dolorosæ

Idylle
Looking up Par koalie

Mère, voilà douze ans que notre fille est morte ;
Et depuis, moi le père et vous la femme forte,
Nous n’avons pas été, Dieu le sait, un seul jour
Sans parfumer son nom de prière et d’amour.
Nous avons pris la sombre et charmante habitude
De voir son ombre vivre en notre solitude,
De la sentir passer et de l’entendre errer,
Et nous sommes restés à genoux à pleurer. Continuer la lecture de « « Dolorosæ » de Victor Hugo »

« Ta voix, tes yeux, tes mains, tes lèvres… » de Paul Éluard

Ta voix, tes yeux, tes mains, tes lèvres…

Extrait de Capitale de la Douleur

[singlepic id=148 w=320 h=240 mode=web20 float=right]Ta voix, tes yeux, tes mains, tes lèvres.
Nos silences, nos paroles.
La lumière qui s’en va, la lumière qui revient.
Un seul sourire pour nous deux. Pas besoin de savoir.
J’ai vu la nuit créer le jour sans que nous changions d’apparence. Continuer la lecture de « « Ta voix, tes yeux, tes mains, tes lèvres… » de Paul Éluard »

« Amour déchirure » par Abdeslam Kaissy

Amour déchirure

Mon amour, ma passion, ma douleur
Je me meurs en toi, mon coeur est en pleurs
Je veux te voir, te revoir et encore te revoir
Jusqu’à la déchirure, jusqu’au désespoir
Caresser ta peau, m’imprégner de tes senteurs
Sentir tes courbes généreuses, ouïr ton cœur
Honnir ce qui fait ta déprime, abhorrer ta peur
Tes élans métaphysiques et ton anti-mémoire
Ta douce schizophrénie minée par l’espoir Continuer la lecture de « « Amour déchirure » par Abdeslam Kaissy »

« Puisqu'il le faut » par Paul Éluard

Puisqu’il le faut

slεεp oƒ thε paranoıa-crıtıcıst rhızomε . .
slεεp oƒ thε paranoıa-crıtıcıst rhızomε . . Par jef safi

Dans le lit plein ton corps se simplifie
Sexe liquide univers de liqueur
Liant des flots qui sont autant de corps
Entiers complets de la nuque aux talons
Grappe sans peau grappe-mère en travail
Grappe servile et luisante de sang
Entre les seins les cuisses et les fesses
Régentant l’ombre et creusant la chaleur
Lèvre étendue à l’horizon du lit
Sans une éponge pour happer la nuit
Et sans sommeil pour imiter la mort.

Frapper la femme monstre de sagesse
Captiver l’homme à force de patience
Doucer la femme pour éteindre l’homme
Tout contrefaire afin de tout réduire
Autant rêver d’être seul et aveugle.

Je n’ai de cœur qu’en mon front douloureux. Continuer la lecture de « « Puisqu'il le faut » par Paul Éluard »

« De l'amant douloureux » de Clément Marot

De l’amant douloureux

Avant mes jours mort me faut encourir
Par un regard, dont m’as voulu férir,
Et ne te chaut de ma griève tristesse :
Mais n’est-ce pas à toi grande rudesse,
Vu que tu peux si bien me secourir ?

Auprès de l’eau me faut de soif périr.
Je me vois jeune, et en âge fleurir,
Et si me montre être plein de vieillesse
Avant mes jours. Continuer la lecture de « « De l'amant douloureux » de Clément Marot »

« Villanelle » de Joachim du Bellay

Villanelle

En ce mois délicieux,
Qu’amour toute chose incite,
Un chacun à qui mieux mieux
La douceur’ du temps imite,
Mais une rigueur dépite
Me fait pleurer mon malheur.
Belle et franche Marguerite
Pour vous j’ai cette douleur.
Dedans votre oeil gracieux
Toute douceur est écrite,
Mais la douceur de vos yeux
En amertume est confite,
Souvent la couleuvre habite
Dessous une belle fleur.
Belle et franche Marguerite,
Pour vous j’ai cette douleur.
Or, puis que je deviens vieux,
Et que rien ne me profite,
Désespéré d’avoir mieux,
Je m’en irai rendre ermite,
Pour mieux pleurer mon malheur.
Belle et franche Marguerite,
Pour vous j’ai cette douleur.
Mais si la faveur des Dieux
Au bois vous avait conduite,
Ou, d’espérer d’avoir mieux,
Je m’en irai rendre ermite,
Peut être que ma poursuite
Vous ferait changer couleur.
Belle et franche Marguerite
Pour vous j’ai cette douleur.

Joachim du Bellay

 

reprise - Villanelle: Mont Blanc Par imago
reprise Par imago

« Désir, plaisir, Douleur » par Isaac de Benserade

Désir, plaisir, Douleur

Je mourrai de trop de désir,
Si je la trouve inexorable ;
Je mourrai de trop de plaisir,
Si je la trouve trop favorable.
Ainsi, je ne saurai guérir
De la douleur qui me possède ;
Je suis assuré de périr
Par le mal ou par le remède.

Isaac de Benserade

« Épigramme »

 

Désir Plaisir Douleur
69 Par Louise Lemettais