« Chanson de l'Alouette » de Bernart de Ventadour

Chanson de l’Alouette

Quand vois l’alouette mouvoir
De joie ses ailes face au soleil,
Que s’oublie et se laisse choir
Par la douceur qu’au cœur lui va,
Las! si grand envie me vient
De tous ceux dont je vois la joie,
Et c’est merveille qu’à l’instant
Le cœur de désir ne me fonde.

Hélas ! tant en croyais savoir
En amour, et si peu en sais.
Car j’aime sans y rien pouvoir
Celle dont jamais rien n’aurai.
Elle a tout mon cœur, et m’a tout,
Et moi-même, et le monde entier,
Et ces vols ne m’ont rien laissé
Que désir et cœur assoiffé.

Or ne sais plus me gouverner
Et ne puis plus m’appartenir
Car ne me laisse en ses yeux voir
En ce miroir qui tant me plaît.
Miroir, pour m’être miré en toi,
Suis mort à force de soupirs,
Et perdu comme perdu s’est
Le beau Narcisse en la fontaine.

Des dames, je me désespère;
Jamais plus ne m’y fierai,
Autant d’elles j’avais d’estime
Autant je les mépriserai.
Pas une ne vient me secourir
Près de celle qui me détruit,
Car bien sais que sont toutes ainsi.

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« J'ai tant d'amour au cœur » – Bernart de Ventadour

J’ai tant d’amour au cœur

poussières sur deux coeurs
poussières sur deux cœurs Par francois et fier de l’Être

J’ai le cœur si plein de joie,
Tout se dénature !
Et fleur blanche qui rougeoie
Semble la froidure ;
Par le vent, la pluie, s’accroît
Ma bonne aventure ;
Mon chant monte et se déploie
Et mon prix perdure.
J’ai au cœur tant d’amour,
De joie et de douceur,
Que le gel me semble fleur,
La neige verdure.

Je puis aller sans vêture,
Nu sous ma chemise,
Car un pur amour m’assure
De la froide bise,
Mais fou qui par démesure
N’en fait qu’à sa guise !
De moi-même j’ai pris cure
Dès que l’eus requise :
La plus belle d’amour,
Dont j’attends tant d’honneur,
Car en lieu de sa grandeur
Je ne voudrais Pise !

Quoiqu’elle me l’interdise,
Je garde confiance !
Car j’ai au moins conquise
Sa douce obligeance ;
J’eus, bien qu’elle m’éconduise,
Tant de réjouissance,
Qu’au revoir n’auront d’emprise,
Sur moi mes souffrances !
Mon cœur est près d’Amour,
L’esprit auprès du cœur,
Mais le corps ici, ailleurs,
Si loin d’elle, en France.

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