« Au musée des antiques » de Germain Nouveau

Au musée des antiques

Elle veille en sa chaise étroite ;
Quelque roi d’Égypte a sculpté
Dans l’extase et la gravité
Le corps droit et la tête droite.

Moitié coiffe et moitié bandeau,
Fond pur à des lignes vermeilles,
Un pan tourne autour des oreilles,
Sa robe est la prison du Beau.

Ses yeux, de profonds péristyles
Où ne passe rien de réel,
De toute la largeur d’un ciel
S’ouvrent aux visions stériles ;

Et le menton rit tel qu’un fruit,
Et la joue est une colline ;
Quant à l’aile de la narine,
C’est l’ibis envolé sans bruit.

De l’épaule menue et grasse
Les bras courent le long des reins
Jusques à ses genoux sereins
Que chacune des mains embrasse,

Et le plat des cuisses est tel
Qu’il vous trouble et qu’il vous apaise
Par des attirances de chaise
Et des solennités d’autel !

La fraîcheur du visage antique
Laisse au vague appétit des yeux
Deviner les seins précieux
Dans un pli trop énigmatique,

Et sous l’impur raffinement
D’un profil qu’on rêve à des chèvres,
C’est pour des dieux que vont les lèvres
Souriant indéfiniment.

Germain Nouveau

Premiers poèmes

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