« L'Amour » de Paul Éluard et d'André Breton

L’Amour

Extrait

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Lorsque la femme est sur le dos et que l’homme est couché sur elle, c’est la cédille.

Lorsque l’homme est sur le dos et que sa maîtresse est couchée sur lui, c’est le c.

Lorsque l’homme et sa maîtresse sont couchés sur le flanc et s’observent, c’est le pare-brise.

Lorsque l’homme et la femme sont couchés sur le flanc, seul le dos de la femme se laissant observer, c’est la Mare-au-Diable.

Lorsque l’homme et sa maîtresse sont couchés sur le flanc, s’observant, et qu’elle enlace de ses jambes les jambes de l’homme, la fenêtre grande ouverte, c’est l’oasis.

Lorsque l’homme et la femme sont couchés sur le dos et qu’une jambe de la femme est en travers du ventre de l’homme, c’est le miroir brisé.

Lorsque l’homme est couché sur sa maîtresse qui l’enlace de ses jambes, c’est la vigne-vierge.

Lorsque l’homme et la femme sont sur le dos, la femme sur l’homme et tête-bêche, les jambes de la femme glissées sous les bras de l’homme, c’est le sifflet du train.

Lorsque la femme est assise, les jambes étendues sur l’homme couché lui faisant face, et qu’elle prend appui sur les mains, c’est la lecture.

Lorsque la femme est assise, les genoux pliés, sur l’homme couché, lui faisant face, le buste renversé ou non, c’est l’éventail.

Lorsque la femme est assise de dos, les genoux pliés, sur l’homme couché, c’est le tremplin.

Lorsque la femme, reposant sur le dos, lève les cuisses verticalement, c’est l’oiseau-lyre.

Lorsque la femme, vue de face, place ses jambes sur les épaules de l’homme, c’est le lynx.

Lorsque les jambes de la femme sont contractées et maintenues ainsi par l’homme contre sa poitrine, c’est le bouclier.

Lorsque les jambes de la femme sont contractées, les genoux pliés à hauteur des seins, c’est l’orchidée.

Lorsqu’une des jambes seulement est étendue, c’est minuit passé.

Lorsque la femme place une de ses Jambes sur l’épaule de l’homme et étend l’autre jambe, puis met celle-ci à son tour sur l’épaule et étend la première, et ainsi de suite alternativement, c’est la machine à coudre.

Lorsqu’une des jambes de la femme est placée sur la tête de l’homme, l’autre jambe étant étendue, c’est le premier pas.

Lorsque les cuisses de la femme sont élevées et placées l’une sur l’autre, c’est la spirale.

Lorsque l’homme, pendant le problème, tourne en rond et jouit de sa maîtresse sans la quitter, celle-ci ne cessant de lui tenir les reins embrassés, c’est le calendrier perpétuel.

Lorsque l’homme et sa maîtresse prennent appui sur le corps l’un de l’autre, ou sur un mur et, se tenant ainsi debout engagent le problème, c’est à la santé du bûcheron.

Lorsque l’homme prend appui sur un mur et que la femme, assise sur les mains de l’homme réunies sous elle, passe ses bras autour de son cou et, collant ses cuisses le long de sa ceinture, se remue au moyen de ses pieds dont elle touche le mur contre lequel l’homme s’appuie, c’est l’enlèvement en barque.

Lorsque la femme se tient à la fois sur ses mains et sur ses pieds, comme un quadrupède, et que l’homme reste debout, c’est la boucle d’oreille.

Lorsque la femme se tient sur ses mains et ses genoux et que l’homme est agenouillé, c’est la Sainte-table.

Lorsque la femme se tient sur ses mains et l’homme debout la tient soulevée par les cuisses, celles-ci lui enserrant les flancs, cest la bouée de sauvetage.

lorsque l’homme est assis sur une chaise et que sa maîtresse, lui faisant face, est assise à califourchon sur lui, c’est le jardin public.

Lorsque l’homme est assis sur une chaise et que sa maîtresse, lui tournant le dos est assise à califourchn sur lui, c’est le piège.

[…]

Paul Éluard — André Breton

 

Crédit Photo : Michelle L’amour Reclining Par PhineasX

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