« Une Jeune fille » – Victor Hugo

Une jeune fille

Une Jeune Fille
Jeune fille vert amande Par Fabienne Félix

J’aime. Ô vents, chassez l’hiver.
Les plaines sont embaumées.
L’oiseau semble, aux bois d’Aser,
Une âme dans les ramées.

L’amante court vers l’amant ;
Il me chante et je le chante.
Oh ! comme on dort mollement
Sous une branche penchante !

Je m’éveille en le chantant ;
En me chantant il s’éveille ;
L’aurore croit qu’elle entend
Deux bourdonnements d’abeille.

L’un vers l’autre nous allons.
Il dit :  » Ô belle des belles,
La rose est sous tes talons,
L’astre frémit dans tes ailes !  »

Je dis :  » La terre a cent rois ;
Les jeunes gens sont sans nombre ;
Mais c’est lui que j’aime, ô bois !
Il est flamme, et je suis ombre.  »

Il reprend :  « Viens avec moi
Nous perdre au fond des vallées
Dans l’éblouissant effroi
Des sombres nuits étoilées. »

Et j’ajoute : « Je mourrais
Pour un baiser de sa bouche ;
Vous le savez, ô forêts,
Ô grand murmure farouche ! »

L’eau coule, le ciel est clair.
Nos chansons, au vent semées,
Se croisent comme dans l’air
Les flèches de deux armées.

Victor Hugo

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