« Vers gnomiques » de Marguerite Yourcenar

Vers gnomiques

Je t’ai vu grandir comme un arbre,
Inénarrable éternité ;
Je t’ai vu durcir comme un marbre,
Indicible réalité.

Prodige dont le nom m’échappe,
Granit trop dur pour le ciseau,
Bonheur partagé par l’oiseau,
Et par l’eau que le chien lappe.

Secrets qu’il faut savoir et taire!
Tout ce qui dure est passager ;
Je sens sous moi tourner la terre ;
Le ciel plein d’astres m’est léger.

Vous souriez, morts bien couchés ;
Tout ce qui passe pourtant dure ;
Les brins minces de la verdure
Sont faits du grain noir des rochers.
 

Marguerite Yourcenar

 

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