Extrait de « Tartuffe » par Molière

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Tartuffe

L’amour qui nous attache aux beautés éternelles
N’étouffe pas en nous l’amour des temporelles ;
Nos sens facilement peuvent être charmés
Des ouvrages parfaits que le Ciel a formés.
Ses attraits réfléchis brillent dans vos pareilles ;
Mais il étale en vous ses plus rares merveilles :
Il a sur votre face épanché des beautés
Dont les yeux sont surpris, et les cœurs transportés,
Et je n’ai pu vous voir, parfaite créature,
Sans admirer en vous l’auteur de la nature,
Et d’une ardente amour sentir mon cœur atteint,
Au plus beau des portraits où lui-même il s’est peint.
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« Mon rêve familier » – Paul Verlaine

Doux rêve

Mon Rêve familier

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon cœur transparent
Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant. Continuer la lecture de « « Mon rêve familier » – Paul Verlaine »

« Encore un instant de bonheur » par Henry de Montherlant

Encore un instant de bonheur

Instant de Bonheur
En un instant. (de bonheur) Par Bourguiboeuf

Le fiacre revenait à l’heure coutumière.
Décembre. Il faisait nuit. Il pleuvait. Quelquefois,
Comme il n’y avait plus à craindre la Barrière,
Elle ôtait la buée, une peu, avec ses doigts.

Cela montrait du noir, les fourrés noirs du Bois,
La fuite pâle, d’or et d’eau, d’un réverbère…
Puis elle, sans parler, retombait en arrière.
« À quoi peux-tu penser ? » disait-il à mi-voix. Continuer la lecture de « « Encore un instant de bonheur » par Henry de Montherlant »

« Puisque j'ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine » – Victor Hugo

Puisque j’ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine

Poème La Bouche, de Marie Nizet
Lips, par Lips

Puisque j’ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine ;
Puisque j’ai dans tes mains posé mon front pâli ;
Puisque j’ai respiré parfois la douce haleine
De ton âme, parfum dans l’ombre enseveli ;

Puisqu’il me fut donné de t’entendre me dire
Les mots où se répand le cœur mystérieux ;
Puisque j’ai vu pleurer, puisque j’ai vu sourire
Ta bouche sur ma bouche et tes yeux sur mes yeux ;

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Extrait de « Phèdre » de Jean Racine

Mon mal vient de loin

Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
Athènes me montra mon superbe ennemi.
Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.
Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables.
Par des vœux assidus je crus les détourner :
Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
De victimes moi-même à toute heure entourée,
Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
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« La Loreley » – Guillaume Apollinaire

La Loreley

À Bacharach il y avait une sorcière blonde
Qui laissait mourir d’amour tous les hommes à la ronde

Devant son tribunal l’évêque la fit citer
D’avance il l’absolvit à cause de sa beauté

Ô belle Loreley aux yeux pleins de pierreries
De quel magicien tiens-tu ta sorcellerie

Je suis lasse de vivre et mes yeux sont maudits
Ceux qui m’ont regardée évêque en ont péri

Mes yeux ce sont des flammes et non des pierreries
Jetez jetez aux flammes cette sorcellerie

Je flambe dans ces flammes ô belle Loreley
Qu’un autre te condamne tu m’as ensorcelé

Évêque vous riez Priez plutôt pour moi la Vierge
Faites-moi donc mourir et que Dieu vous protège

Mon amant est parti pour un pays lointain
Faites-moi donc mourir puisque je n’aime rien

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« Stances » de Claude Binet

Stances

Stance
Bucking Mad Par Mr. Physics

Baisons-nous, belle, mon souci,
Et surpassons la Coulombelle ;
Comme elle trémousse de l’aile,
Tremoussons de nos bras ainsi.

Comme elle poursuit un baiser
Du bec que souvent elle darde,
Notre langue, ainsi fretillarde,
Puisse nos flammes apaiser.

Comme d’un œil à demi clos,
L’aise de son plaisir avance,
Ainsi, pour semblable espérance,
Par l’œil rendez l’amour éclos.

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« Il n'y a pas d'amour heureux » – Louis Aragon

Un baiser d'une jeune femme

Il n’y a pas d’amour heureux

Rien n’est jamais acquis à l’homme Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son cœur Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d’une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce

Il n’y a pas d’amour heureux

Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu’on avait habillés pour un autre destin
A quoi peut leur servir de se lever matin
Eux qu’on retrouve au soir désœuvrés incertains
Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes
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