« La Forêt de Tristesse » de Jacques Milet

Tristesse de la forêt

La Forêt de Tristesse

C’est icy la forest d’ennuy,
Ou arbre nesung1 fruict ne porte
Et n’y peut vivre en paix nulluy,
Tout est layt et de fausse sorte.
Tout ainsi qu’elle se comporte,
Melancolie en est la dame,
Et n’est creature si forte
Qui contre elle droit y reclame.

Elle se tient icy bien pres
En ung chastel moult orgueilleux,
Et le voit on tantost après
Que l’on sault des pas2 perilleux :
Il a nom Melancolieux
Par son droit nom ainsi qu’on dit,
Et siet sur ung roch merveilleux
En pays desert et maudit
Continuer la lecture de « « La Forêt de Tristesse » de Jacques Milet »

« Ariane » de Marie Krysinska

À Jean Moréas.

Trêve aux plaintes, assez de sanglots;
Ce triste cœur est dévasté de larmes;
Et devenu pareil à un champ de combat,
Où la trahison de l’amant –
Sous son glaive aux éclairs meurtriers –
Coucha toutes les jeunes et puissantes joies
Mortes, baignées dans leur sang.
Et parmi tes roches plus clémentes
Que l’âme criminelle de Thésée,
Sur ton sol muet, ô farouche Naxos!
Ariane s’endort;
Tandis que sur la mer complice,
A l’horizon s’effacent
Les voiles blanches des trirèmes.
Elle dort. Les mélancoliques roses
Nées sous les pleurs,
Font albatréen son beau visage.
Et sur ses bras nus, aux joyaux barbares,
Frémissent les papillons d’ombre saphirine,
Que projettent les sapins
Dans le soir tombant. –
Le ciel a revêtu ses plus riches armures
D’or et de bronze.

Continuer la lecture de « « Ariane » de Marie Krysinska »

« Le Présent » par Sixtine

Le Présent

Ton corps, qui crève d’envie de posséder le mien,
Guide mes doigts aux plus intimes caresses
Comme un hommage à nos délires abéliens,
Avant que tu ne deviennes l’homme-forteresse.

Ma main s’envole et se pose sur ma bouche ;
Elle effleure mes lèvres qui connaissent ton goût,
Elle devient Toi que plus rien n’effarouche,
Lorsque ton désir l’emporte, et se fait si doux.
Continuer la lecture de « « Le Présent » par Sixtine »

« Nuit Blanche » de Jacques Hiers

Nuit Blanche

Nuit blanche dans tes draps
Où ton corps se déhanche,
Nuit blanche dans tes bras
Avec nos avalanches
De baisers en flocons,
La lune sur tes hanches
Fait comme un gros ballon
Qui, tout en moi déclenche
Des hordes de frissons…
Nuit blanche entre Toi et moi,
Les crissis de tes soies
En nos étreintes franches,
Et ton souffle et ta voix
Mourant sur mon épaule,
Tes cheveux blonds me frôlent
En filaments de joie,
Quand sur moi tu te penches
Et voiles mes regards,
Ton cri au fond du soir
Quand ta chair s’est donnée,
Nos âmes sont miroirs
En vibrantes Psychés ;
Il se fait tôt ou tard,
Personne ne le sait,
La nuit ou le matin
Cernent là nos regards
Aux cernes fins et bruns…
Tes bas crissent encor
En des sanglots sans fin
Que j’en reperds le nord
Au début d’un matin… Continuer la lecture de « « Nuit Blanche » de Jacques Hiers »