« Aux Murs » de Nora Gaspard

Chateaux et Murs

Tu es là. Tu es toujours là. Je regarde par la fenêtre, et l’eau me raconte toi. Comment tu glisses sur ma peau, les nuits d’étoiles, comment tu rêves et tu oublies, comment le ciel te rend si belle quand il fait nuit.

Tu coules dans mes veines. Tu berces mes nuits. Tu es la maman, caressante au petit matin, et la putain magnifique que je piétine en tous sens, quand je glisse dans tes plis, marquant ton corps de la pointe du talon, insatiable et violente.

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« Le sang de poule chasse les fantômes » par Nora Gaspard

Poule dnas un bureau

Le sang de poule chasse les fantômes

Il y a ces spectacles, ces films, ces soirées, qui te secouent du dedans, réclament des mots, provoquent des réactions, de ces épidermiques hystéries, tu ne sais pas vraiment pourquoi, un peu de toi vient de s’effondrer.

Il faut sortir d’ici. Vite. Sourire un peu, être polie, ne pas partir trop vite pour ne pas donner l’alarme, mais dehors, respirer, la nuit pluvieuse et l’obscurité. Si je fumais, je pense que j’en grillerais deux trois, comme pour me rassurer, ce n’est pas la peur qui me tuera.

Alors je suis allée voir, logique, je prépare un festival sur l’amour et le sexe, je dois voir ça. Sauf que je ne vais pas voir tout ce qui aborde l’érotisme de près ou de loin. Mais il y a de ces instincts, la petite voix qui dit Vazy. On s’en fout que t’aimes pas les gens, que c’est vendredi tu es fatiguée, il y a tant à préparer pour le Love & Sex Festival… Vazy. Alors.

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Lettre VIII d’Abédiard à Héloïse

Lettre d’Abédiard à Héloïse

Lettre VIII

Envoi de la règle

J’ai déjà satisfait, dans la mesure du possible, à une partie de la requête que tu m’as adressée; il me faut maintenant, avec l’aide de Dieu, m’occuper de l’autre partie, pour répondre à ton attente comme à celle de tes filles spirituelles. Il me reste donc, pour suivre à la lettre votre demande, à rédiger et vous transmettre des statuts qui serviront de règle à votre vocation. Ainsi pourrez‑vous vous référer à un texte, plutôt que de vous en remettre à la coutume, quand vous chercherez à réglementer votre conduite. Continuer la lecture de « Lettre VIII d’Abédiard à Héloïse »

Poème en prose « À mon dernier amour » par Émile Zola

Last Love

À mon dernier amour

Hier, enfant, tu m’as dit d’une voix inquiète, Souriant et boudant, te penchant dans mes bras : Toi qui chantes pour tous, infidèle poète, Sur nos jeunes amours ne chanteras-tu pas ? Tu fais métier d’écrire et sèmes ta parole. Dis ? que ne m’offres-tu ces bouquets que ta main Effeuille sur la route, insouciante et folle. Je veux glaner les fleurs que tu perds en chemin. Je me fâche, je veux que mon regard t’inspire, Que tu chantes mon cœur qui bat pour toi. Je veux Que tu dises à tous le miel de mon sourire, Et me lises tes vers en baisant mes cheveux. Va rimer nos amours, dans le silence et l’ombre. Je te donne un pensum et te mets en prison. Va chercher sur tes doigts la césure et le nombre, Et reviens, m’apportant aux lèvres ma chanson. Tu le vois, j’obéis, et penché sur ma table, Pâle, pressant mon front, ayant de l’encre aux mains, Mon enfant, je me donne un mal épouvantable, J’accouche avec labeur de ces quelques quatrains. J’ai froid. Continuer la lecture de « Poème en prose « À mon dernier amour » par Émile Zola »

« Une mort héroïque » de Charles Baudelaire

 Une mort héroïque

Rays
Rays Par Atli Harðarson

Fancioulle était un admirable bouffon, et presque un des amis du Prince. Mais pour les personnes vouées par état au comique, les choses sérieuses ont de fatales attractions, et, bien qu’il puisse paraître bizarre que les idées de patrie et de liberté s’emparent despotiquement du cerveau d’un histrion, un jour Fancioulle entra dans une conspiration formée par quelques gentilshommes mécontents.
Il existe partout des hommes de bien pour dénoncer au pouvoir ces individus d’humeur atrabilaire qui veulent déposer les princes et opérer, sans la consulter, le déménagement d’une société. Les seigneurs en question furent arrêtés, ainsi que Fancioulle, et voués à une mort certaine. Continuer la lecture de « « Une mort héroïque » de Charles Baudelaire »

« La Belle Dorothée » de Charles Baudelaire

La Belle Dorothée

Dorothée Elmiger
Dorothee Elmiger par Malmö stadsbibliotek

Le soleil accable la ville de sa lumière droite et terrible; le sable est éblouissant et la mer miroite. Le monde stupéfié s’affaisse lâchement et fait la sieste, une sieste qui est une espèce de mort savoureuse où le dormeur, à demi éveillé, goûte les voluptés de son anéantissement.
Cependant Dorothée, forte et fière comme le soleil, s’avance dans la rue déserte, seule vivante à cette heure sous l’immense azur, et faisant sur la lumière une tache éclatante et noire.
Elle s’avance, balançant mollement son torse si mince sur ses hanches si larges. Sa robe de soie collante, d’un ton clair et rose, tranche vivement sur les ténèbres de sa peau et moule exactement sa taille longue, son dos creux et sa gorge pointue.
Son ombrelle rouge, tamisant la lumière, projette sur son visage sombre le fard sanglant de ses reflets.
Le poids de son énorme chevelure presque bleue tire en arrière sa tête délicate et lui donne un air triomphant et paresseux. De lourdes pendeloques gazouillent secrètement à ses mignonnes oreilles. Continuer la lecture de « « La Belle Dorothée » de Charles Baudelaire »

« Seconde lettre d'Érosie à Juliette » par Andrea de Nerciat

Seconde lettre d’Érosie à Juliette

Je venais, chère et tendre amie, d’envoyer à la poste le premier volume de mes sottises, quand une seconde missive, adressée pour le coup directement à moi, m’a fait savoir qu’encore deux jours se passeraient sans que je visse arriver M. de Roqueval ! Ainsi soit-il !

« Qu’ai-je besoin (me suis-je dit) de me trouver, même aussitôt, en face d’un homme à qui j’ai manqué (car il faut bien en convenir, à moins de prétendre à me mettre au-dessus de toutes les idées reçues)… avec un homme, enfin, devant lequel je ferai peut-être l’enfance (à vingt ans !) de rougir, comme si j’avais lieu de craindre qu’à son arrivée il ne lise sur ma physionomie que d’avance j’ai décoré son front… Cependant, Juliette, il faudra bien qu’il soit sorcier s’il devine tout… et je le donnerais en cent… à toi-même, qui sais déjà la bonne moitié de ma galante équipée. En vérité, mon coeur, si je n’avais qu’une turpitude abominable à te raconter, je te ferais grâce du reste de mon aventure, mais quelques détails, selon moi, si bons à savoir, se mêlent à ma propre scène, que, de nouveau, je vais victimer mon amour-propre en faveur de ce goût décidé que je te connais pour toute peinture lascive.

Après m’être volontairement et bien délicieusement donnée à mon petit séducteur, un retour vers la bégueulerie eût été quelque chose de fort ridicule ; l’éprouver ne m’était pas possible ; le feindre ?… à quoi, bon ! Cette plate fausseté m’aurait assez mal réussi sans doute. Heureuse, parfaitement heureuse ; pressant contre mon coeur l’être charmant avec lequel je venais de m’unir ; donnant, recevant mille et mille baisers, et tous deux inaccessibles au souvenir de notre porte pleinement ouverte, nous jasions avec l’abondance et l’ivresse du contentement absolu… Continuer la lecture de « « Seconde lettre d'Érosie à Juliette » par Andrea de Nerciat »

« Ce beau tableau » de Khalid EL Morabethi

Ce beau tableau

Coin de Tableau
Sourire en coin Par francois et fier de l’Être

Voyez-vous ce tableau ? Chaque couleur, imperméable, présente un mot banal, et chaque mot à un cœur paradoxal et chaque cœur parle facétieusement.

Voyez-Vous ce tableau ? Au fond, se trouve des quidams heureux, tout simplement heureux car la vie est une actrice et nous on est des vedettes, car la vie et une chanteuse avec une sublime voix d’ange, car la vie est une séduisante mère. J’aspire à la paix et à cette création prodigieuse.

Au fond se trouve des humains de toutes races, des Africains, des Arabes, des Américains, des Européens. Des noirs et des blancs, des musulmans, des juifs et des chrétiens, se mêlent ici sur ce tableau comme une seule famille. Quelle gracieuse joie ! Au fond ne se trouvent que des héros, des personnages forts et aucun d’entre eux n’est étreint par la peur de tomber dans l’avalanche, car c’est la fin de la guerre, des crimes, des morts, et pas de bombes nucléaires pour salir la beauté du vaste ciel bleu.

Tu sais ! Je n’aurais pas la raison de défigurer le sens de la vie. Personne n’aura le pouvoir de ne déchiqueter ce tableau, ni armée, ni soldat, ni police.

Regardez ce tableau, voyez-vous cet enfant qui trouve, le plaisir de vivre modestement.

Admirez ce tableau qui vous invite à venir.

Sentez-vous les couleurs qui se forment en un rayon du soleil.

Voyez-vous ce tableau ? Trouverez-vous-le pouvoir de rendre un rêve en une réalité ?

Khalid EL Morabethi

« Héloïse », Nouvelle érotique

Héloïse

Héloïse
heloise par Irina Patrascu

Par un dimanche printanier, je me promenai sur les quais de la Seine. L’air doux réchauffait mon corps encore frigorifié par l’hiver finissant. Je m’éveillai aux promesses de la belle saison. Les oiseaux tentaient de couvrir le bruit des automobiles. Sur les arbres les premiers bourgeons s’ouvraient et se forgeaient un chemin vers la lumière.

Mes yeux vagabondaient sur les étals des bouquinistes. Les livres, les revues attiraient mes rêves littéraires. Je regardai et souriais devant les antiphonaires vendus comme rareté depuis tant d’années. Pièges à touristes et gogos qui achètent ces documents croyant faire la bonne affaire alors que ceux-ci étaient fabriqués quelques mois avant et vieillis pour l’occasion…

La France est un pays très spécialisé dans l’antiquité. Pas une ville, un village où prolifèrent des antiquaires, des vides greniers, des brocantes… Continuer la lecture de « « Héloïse », Nouvelle érotique »