« A Poor Young Shepherd » – Paul Verlaine

Rêve étrange

A Poor Young Shepherd

J’ai peur d’un baiser
Comme d’une abeille.
Je souffre et je veille
Sans me reposer.
J’ai peur d’un baiser !

Pourtant j’aime Kate
Et ses yeux jolis.
Elle est délicate
Aux longs traits pâlis.
Oh! que j’aime Kate !

C’est Saint-Valentin!
Je dois et je n’ose
Lui dire au matin…
La terrible chose
Que Saint-Valentin !

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« Jamais » par Alfred de Musset

Jamais

Jamais, aviez-vous dit, tandis qu’autour de nous
Résonnait de Schubert, la plaintive musique
Jamais, aviez-vu dit, tandis que, malgré vous,
Brillait de vos grands yeux l’azur mélancolique.

Jamais, répétiez-vous, pâle et d’un air si doux
Qu’on eût cru voir sourire une médaille antique.
Mais des trésors secrets l’instinct fier et pudique
Vous couvrit de rougeur, comme un voile jaloux.

Quel mot vous prononcez, marquise, et quel dommage !
Hélas! je ne voyais ni ce charmant visage,
Ni ce divin sourire, en vous parlant d’aimer.

Vos yeux bleus sont moins doux que votre âme n’est belle.
Même en les regardant, je ne regrettais qu’elle,
Et de voir dans sa fleur un tel cœur se fermer.

Alfred de Musset

« Poésies Nouvelles »

Jamais
bellone – 120323 – éditions brugger – jamais Par fabonthemoon

« Encore un instant de bonheur » par Henry de Montherlant

Encore un instant de bonheur

Instant de Bonheur
En un instant. (de bonheur) Par Bourguiboeuf

Le fiacre revenait à l’heure coutumière.
Décembre. Il faisait nuit. Il pleuvait. Quelquefois,
Comme il n’y avait plus à craindre la Barrière,
Elle ôtait la buée, une peu, avec ses doigts.

Cela montrait du noir, les fourrés noirs du Bois,
La fuite pâle, d’or et d’eau, d’un réverbère…
Puis elle, sans parler, retombait en arrière.
« À quoi peux-tu penser ? » disait-il à mi-voix. Continuer la lecture de « « Encore un instant de bonheur » par Henry de Montherlant »

« Stances » de Claude Binet

Stances

Stance
Bucking Mad Par Mr. Physics

Baisons-nous, belle, mon souci,
Et surpassons la Coulombelle ;
Comme elle trémousse de l’aile,
Tremoussons de nos bras ainsi.

Comme elle poursuit un baiser
Du bec que souvent elle darde,
Notre langue, ainsi fretillarde,
Puisse nos flammes apaiser.

Comme d’un œil à demi clos,
L’aise de son plaisir avance,
Ainsi, pour semblable espérance,
Par l’œil rendez l’amour éclos.

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« Les Yeux d’Elsa » par Louis Aragon

Ses Yeux

Les Yeux d’Elsa

Tes yeux sont si profonds qu’en me penchant pour boire
J’ai vu tous les soleils y venir se mirer
S’y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j’y perds la mémoire

À l’ombre des oiseaux c’est l’océan troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L’été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n’est jamais bleu comme il l’est sur les blés

Les vents chassent en vain les chagrins de l’azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu’une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d’après la pluie
Le verre n’est jamais si bleu qu’à sa brisure

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