Vers le Cloître par Émile Verhaeren

Abbaye du Mont Saint Michel, le cloître.

Vers le cloître

Émile Verhaeren

Je rêve une existence en un cloître de fer,
Brûlée au jeûne et sèche et râpée aux cilices,
Où l’on abolirait, en de muets supplices,
Par seule ardeur de l’âme, enfin, toute la chair.

Sauvage horreur de soi si mornement sentie !
Quand notre corps nous boude et que nos nerfs, la nuit,
Jettent sur nos vouloirs leur cagoule d’ennui,
Ou brusquement nous arrachent à l’inertie.

Dites, ces pleurs, ces cris et cette peur du soir !
Dites, ces plombs de maladie en tous les membres,
Et la lourde torpeur des morbides novembres,
Et le dégoût de se toucher et de se voir ?

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« La Forêt de Tristesse » de Jacques Milet

Tristesse de la forêt

La Forêt de Tristesse

C’est icy la forest d’ennuy,
Ou arbre nesung1 fruict ne porte
Et n’y peut vivre en paix nulluy,
Tout est layt et de fausse sorte.
Tout ainsi qu’elle se comporte,
Melancolie en est la dame,
Et n’est creature si forte
Qui contre elle droit y reclame.

Elle se tient icy bien pres
En ung chastel moult orgueilleux,
Et le voit on tantost après
Que l’on sault des pas2 perilleux :
Il a nom Melancolieux
Par son droit nom ainsi qu’on dit,
Et siet sur ung roch merveilleux
En pays desert et maudit
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« Amour, adieu… » de Pierre de Brach

Amour, adieu…

Amour, adieu, je prends congé de toi
Amour, adieu, je m’en vais, je te laisse,
Je ne veux plus aimer cette maîtresse
Qui m’a tenu si longtemps en émoi.

Je ne veux plus la voir rire de moi,
S’éjouissant de me voir en tristesse.
Ni son bel oeil, qui m’oeillade sans cesse,
Ni de sa bouche une parjure foi,

Ni sa beauté, de moi tant admirée,
Ni de ses yeux une flèche tirée,
Ne me vaincront pour me rendre encor sien. Continuer la lecture de « « Amour, adieu… » de Pierre de Brach »