« Fata Morgana » par André Breton

Ce matin la fille de la montagne tient sur ses genoux

un accordéon de chauves-souris blanches

Un jour un nouveau jour cela me fait penser à un

objet que je garde

Alignés en transparence dans un cadre des tubes en

verre de toutes les couleurs de philtres de liqueurs

Qu’avant de me séduire il ait dû répondre peu importe

à quelque nécessité de représentation commerciale

Pour moi nulle œuvre d’art ne vaut ce petit carré fait

de l’herbe diaprée à perte de vue de la vie

Un jour un nouvel amour et je plains ceux pour qui

l’amour perd à ne pas changer de visage

Comme si de l’étang sans lumière la carpe qui me tend

à l’éveil une boucle de tes cheveux

N’avait plus de cent ans et ne me taisait tout ce que

je dois pour rester moi-même ignorer

Un nouveau jour est-ce bien près de toi que j’ai dormi

J’ai donc dormi j’ai donc passé les gants de mousse

Dans l’angle je commence à voir briller la mauvaise

commode qui s’appelle hier

Il y a de ces meubles embarrassants dont le véritable office est de cacher des issues Continuer la lecture de « « Fata Morgana » par André Breton »

« Nous irons tous deux… » de Vincent Muselli

Nous irons tous deux…

Nous irons tous deux, écartant l’ortie et les fougères,
Dans les jardins où pleuvent, en traits longs et fins, les pleurs
De la lumière, où sont les jets d’eau danseurs et légères,
Les hautes pelouses s’enivrant d’oiseaux et de fleurs.

Entrons, Beaux Pélerins, dans cet hermitage de gloire!
Gagnons-y notre place et faisons-nous un corps pareil
Aux choses, nous, délivrés de l’heure et de la mémoire,
Lucides dans le magnifique opium du soleil.

Nous y serons heureux comme les Anges et les Bêtes,
Sans lien, sans espoir, dont l’instant seul comble l’esprit ;
Regrets, chagrins insidieux, hôlà, vaines tempètes!
Notre coeur, par delà les désastres, navigue et rit.

Le jour, joyeux et parfumé, chante dans mille abeilles,
Les bassins, les gazons émus sont luisants de désir ;
Le bonheur pèse ainsi qu’un lourd sommeil, et les corbeilles
Scellent la terre et l’air des rouges cachets du plaisir.

La brise vole et joue et déploie une souple soie
Caressante, le ciel brille entre les feuilles, si pur!
Liberté, Liberté! l’universel midi flamboie,
Et cet apaisement tout rempli d’ailes et d’azur !

Vincent Muselli (1879-1956)
« L’Œuvre poétique »

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Pas de deux à Montmartre par Jessie Romaneix ©

« A El*** » d'Alphonse de Lamartine

 À El***

Lorsque seul avec toi, pensive et recueillie,
Tes deux mains dans la mienne, assis à tes côtés,
J’abandonne mon âme aux molles voluptés
Et je laisse couler les heures que j’oublie ;
Lorsqu’au fond des forêts je t’entraîne avec moi,
Lorsque tes doux soupirs charment seuls mon oreille,
Ou que, te répétant les serments de la veille,
Je te jure à mon tour de n’adorer que toi ;
Lorsqu’enfin, plus heureux, ton front charmant repose
Sur mon genou tremblant qui lui sert de soutien,
Et que mes doux regards sont suspendus au tien
Comme l’abeille avide aux feuilles de la rose ;
Souvent alors, souvent, dans le fond de mon cœur
Pénètre comme un trait une vague terreur ;
Tu me vois tressaillir; je pâlis, je frissonne,
Et troublé tout à coup dans le sein du bonheur,
Je sens couler des pleurs dont mon âme s’étonne.
Tu me presses soudain dans tes bras caressants,
Tu m’interroges, tu t’alarmes,
Et je vois de tes yeux s’échapper quelques larme. »
Ne m’interroge plus, à moitié de moi-même !
Enlacé dans tes bras, quand tu me dis : Je t’aime ;
Quand mes yeux enivrés se soulèvent vers toi,
Nul mortel sous les cieux n’est plus heureux que moi ?
Mais jusque dans le sein des heures fortunées
Je ne sais quelle voix que j’entends retentir
Me poursuit, et vient m’avertir
Que le bonheur s’enfuit sur l’aile des années,
Et que de nos amours le flambeau doit mourir !
D’un vol épouvanté, dans le sombre avenir
Mon âme avec effroi se plonge,
Et je me dis : Ce n’est qu’un songe
Que le bonheur qui doit finir.

Alphonse de Lamartine
« Nouvelles méditations poétiques »

« Solstice » de Jean-Max Tixier

Solstice

Au solstice d’amour
Midi pèse sur nos corps
Nous vient ce chant profond
De scintillante lumière
Porté par des nuées d’abeilles
Sous la peau

L’horizon s’ouvre à la plénitude de la joie
La liesse mousse sur les eaux
À l’étiage de la mémoire

Toi et moi nous voici droits
Au lieu de notre intime exaltation
Ombres lovées à l’entour de ce partage
Tristesse ou promesse de nuit
Dans la convulsion du soir ou de l’aurore

Le vent nous a fait ce que nous sommes
Il retirera demain de nos bouches
Soudées du même souffle

Demeure ma demeure
Demeure ô mon amour
Dans le gel ou l’ardeur
L’abîme ou le sommet
Jusqu’au plus jour du jour.

Jean-Max Tixier

Solstice

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