« Sur le Livre des Amours de Pierre de Ronsard » de José-Maria de Heredia

Livre en cœur

Sur le Livre des Amours de Pierre de Ronsard

Statue de Pierre de Ronsard

Jadis plus d’un amant, aux jardins de Bourgueil,
A gravé plus d’un nom dans l’écorce qu’il ouvre,
Et plus d’un coeur, sous l’or des hauts plafonds du Louvre,
A l’éclair d’un sourire a tressailli d’orgueil.

Qu’importe ? Rien n’a dit leur ivresse ou leur deuil.
Ils gisent tout entiers entre quatre ais de rouvre
Et nul n’a disputé, sous l’herbe qui les couvre,
Leur inerte poussière à l’oubli du cercueil. Continuer la lecture de « « Sur le Livre des Amours de Pierre de Ronsard » de José-Maria de Heredia »

« Sonnet Astronomique » de Charles Cros

Sonnet Astronomique

Alors que finissait la journée estivale,
Nous marchions, toi pendue à mon bras, moi rêvant
À ces mondes lointains dont je parle souvent.
Aussi regardais tu chaque étoile en rivale.

Au retour, à l’endroit où la côte dévale,
Tes genoux ont fléchi sous le charme énervant
De la soirée et des senteurs qu’avait le vent.
Vénus, dans l’ouest doré, se baignait triomphale.

Puis, las d’amour, levant les yeux languissamment,
Nous avons eu tous deux un long tressaillement
Sous la sérénité du rayon planétaire.

Sans doute, à cet instant deux amants, dans Vénus
Arrêtés en des bois aux parfums inconnus,
Ont, entre deux baisers, regardé notre terre.

Charles Cros

Rays
Rays Par Atli Harðarson

“Sonnet” d'Auguste Angellier

Sonnet

« Où es-tu ? », disait-elle, errant sur le rivage
Où des saules trempaient leurs feuillages tremblants ;
Et des larmes d’argent coulaient dans ses doigts blancs
Quand elle s’arrêtait, les mains sur son visage.

Et lui, errant aussi sur un sable sauvage
Où des joncs exhalaient de longs soupirs dolents,
Sous la mort du soleil, au bord des flots sanglants,
S’écriait : « Où es-tu ? », tordant ses mains de rage. Continuer la lecture de « “Sonnet” d'Auguste Angellier »

« Madame, je vous donne un oiseau pour étrenne » d'Isaac de Benserade

 Madame, je vous donne un oiseau pour étrenne

Sonnet

Madame, je vous donne un oiseau pour étrenne
Duquel on ne saurait estimer la valeur ;
S’il vous vient quelque ennui, maladie ou douleur,
Il vous rendra soudain à votre aise et bien saine.

Il n’est mal d’estomac, colique ni migraine
Qu’il ne puisse guérir, mais sur tout il a l’heur
Que contre l’accident de la pâle couleur
Il porte avecque soi la drogue souveraine.

Une dame le vit dans ma main, l’autre jour
Qui me dit que c’était un perroquet d’amour,
Et dès lors m’en offrit bon nombre de monnoie

Des autres perroquets il diffère pourtant :
Car eux fuient la cage, et lui, il l’aime tant
Qu’il n’y est jamais mis qu’il n’en pleure de joie.

Isaac de Benserade

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Noche de luna llena – Full moon night Par Luz Adriana Villa A.

Sonnet de Félix Arvers

Sonnet

Mon âme a son secret, ma vie a son mystère,
Un amour éternel en un moment conçu :
Le mal est sans espoir, aussi j’ai dû le taire,
Et celle qui l’a fait n’en a jamais rien su.

Hélas ! j’aurai passé près d’elle inaperçu,
Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire.
Et j’aurai jusqu’au bout fait mon temps sur la terre,
N’osant rien demander et n’ayant rien reçu.

Pour elle, quoique Dieu l’ait faite douce et tendre,
Elle suit son chemin, distraite et sans entendre
Ce murmure d’amour élevé sur ses pas.

À l’austère devoir, pieusement fidèle,
Elle dira, lisant ces vers tout remplis d’elle
« Quelle est donc cette femme ? »  et ne comprendra pas.


« Mes Heures perdues »

Sonnet
Sonnet Par indywidualny

« Sonnet de Philis » d'Honoré d'Urfé

Sonnet de Philis

L’amour ne brûle plus, ou bien il brûle en vain ;
Son carquois est perdu, ses flèches sont froissées,
Il a ses dards rompus, leurs pointes émoussées,
Et son arc sans vertu demeure dans sa main.

Ou, sans plus être Archer d’un métier incertain,
Il se laisse emporter à plus hautes pensées,
Ou ses flèches ne sont en nos cœurs adressées,
Ou bien, au lieu d’amour, nous blessent de dédain.

Ou bien, s’il fait aimer, aimer c’est autre chose
Que ce n’était jadis, et les lois qu’il propose
Sont contraires aux lois qu’il nous donnait à tous.

Car aimer et haïr, c’est maintenant le même,
Puisque pour bien aimer il faut être jaloux.
Que si l’on aime ainsi, je ne veux plus qu’on m’aime.

Honoré d’Urfé

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« L'Amour plein de fausseté… » de Marcabrun

L’Amour plein de fausseté…

Miserere Par Jean Lemoine
Miserere Par Jean Lemoine

L’Amour, plein de fausseté,
Prend le miel, laisse la cire,
Et pèle pour lui la poire.
Ecoutez !
Pour qu’il soit doux comme lyre
Il suffit de le couper.

Bien fait pacte avec le Diable,
Qui fraye avec fausse-Amour,
Verge il donne pour le battre.
Ecoutez !
Tel sans rien sentir se gratte
Qui enfin s’écorche vif.

L’amour est de sale race ;
Sans glaive il tua mille hommes.
Je ne sais plus grand sorcier :
Ecoutez !
Du plus sage il fait un fol
Dés qu’il le tient dans ses rêts .

Il ressemble à la cavale
Qui tout le jour vous emporte
Sans vous donner nulle trêve.
Ecoutez !
Et vous traîne sur des lieues
Sans souci de votre faim .

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« Adieu aux Muses » de Pierre Motin

Adieu aux Muses

Marbre de Paros
Museu d’Olímpia. Estàtua de la Victòria de Peònios. Par Pilar Torres

Je veulx prendre congé de ces belles sorcieres,
Du troupeau mensonger de ces Muses qui m’ont
Trop longtemps retenu dessous leur double mont
A boire le chrystal de leurs froides rivieres.

J’ay perdu, malheureux, six années entières
A façonner des vers, vers ingrats qui me font,
Au plus verd de mon age, en mes forces premieres,
Des rhumes à la teste et des rides au front.

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Ô belle Noémie, approche, embrasse-moi – Marc de Papillon de Lasphrise

Ô belle Noémie, approche, embrasse-moi

Ô belle Noémie, approche, embrasse-moi,
Et ne m’allègue plus ma sainte ardeur éprise,
Disant que je m’en aille à Théophile exquise
A qui j’offris mes vœux premièrement qu’à toi.

Je me fâche vraiment de ce double renvoi
Qui fraude les loyers de ma brave entreprise :
Le grand Prince use ainsi d’une feinte remise
Pour égarer l’effet de sa douteuse foi.

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