« Un poème » de Raymond Queneau

Un poème

Bien placés bien choisis
quelques mots font une poésie
les mots il suffit qu’on les aime
pour écrire un poème
on ne sait pas toujours ce qu’on dit
lorsque naît la poésie
faut ensuite rechercher le thème
pour intituler le poème
mais d’autres fois on pleure on rit
en écrivant la poésie
ça a toujours kékchose d’extrème
un poème

Raymond Queneau

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Lorsque l’enfant était enfant… Par L’Ubuesque Boîte à Savon

« Narcisse » de Raymond Queneau

Narcisse

Lui-même s’enculant d’une pine ultra-souple
Il arrondit l’anus ornement de ses fesses
Mutualiste amphisbène* étrange étrange couple
Surprenant acrobate en sexuelle adresse

Raymond Queneau

 

* Serpent à deux Têtes

« La chair chaude des mots » de Raymond Queneau

La chair chaude des mots

Prends ces mots dans tes mains et sens leurs pieds agiles
Et sens leur cœur qui bat comme celui d’un chien
Caresse donc leur poil pour qu’ils restent tranquilles
Mets-les sur tes genoux pour qu’ils ne disent rien

Une niche de sons devenus inutiles
Abrite des rongeurs I’ordre académicien
Rustiques on les dit mais les mots sont fragiles
Et leur mort bien souvent de trop s’essouffler vient

Alors on les dispose en de grands cimetières
Que les esprits fripons nomment des dictionnaires
Et les penseurs chagrins des alphabécédés

Mais à quoi bon pleurer sur des faits si primaires
Si simples éloquents connus élémentaires
Prends ces mots dans tes mains et vois comme ils sont faits

Raymond Queneau
« Le Chien à la Mandoline »

Des baisers faits chair
Des baisers faits chair