Poème d'amour pour Hélène – René Guy Cadou

Les chevaux de l’amour me parlent de rencontres
Qu’ils font en revenant par des chemins déserts
Une femme inconnue les arrête et les baigne
D’un regard douloureux tout chargé de forêts

Méfie-toi disent-ils sa tristesse est la nôtre
Et pour avoir aimé une telle douleur
Tu ne marcheras plus tête nue sous les branches
Sans savoir que le poids de la vie est sur toi

Mais je marche et je sais que tes mains me répondent
Ô femme dans le clair prétexte des bourgeons
Et que tu n’attends pas que les fibres se soudent
Pour amoureusement y graver nos prénoms

Tu roules sous tes doigts comme des pommes vertes
De soleil en soleil les joues grises du temps
Et poses sur les yeux fatigués des villages
La bonne taie d’un long sommeil de bois dormant

Montre tes seins que je voie vivre en pleine neige
La bête des glaciers qui porte sur le front
Le double anneau du jour et la douceur de n’être
Qu’une bête aux yeux doux dont on touche le fond

Telle tu m’apparais que mon amour figure
Un arbre descendu dans le chaud de l’été
Comme une tentation adorable qui dure
Le temps d’une seconde et d’une éternité.

René Guy Cadou

[singlepic id=65 w=240 h=320 mode=web20 float=center]

helenew Par Giuseppe Milani – Clinico

« Que me fuis-tu ? Mille Nymphes me cherchent » de Marc Claude de Buttet

Que me fuis-tu ? Mille Nymphes me cherchent 
Les Muses m’ont apporté leurs presens,
J’ay de Venus les verds myrtes plaisans,
J’ay de Phebus les lauriers qui ne sechent.

Cruelle, au moins si tels biens ne t’allechent,
Si mon amour, si mes soucis pesans,
Pren, pren pitié de ces miens jeunes ans,
Qui comme l’herbe au soleil se dessechent.

Mais que me vaut tant estre de dueil plein ?
Si mon erreur ne prophetise en vain,
Si d’Apollon sont les fureurs certeines,

Un jour viendra qu’apres mon mal passé
Sur ton giron doucement renversé,
Tes doux baisers me pairont de mes peines.

Marc Claude de Buttet
« L’Amalthée »

 

[singlepic id=50 w=320 h=240 mode=web20 float=center]

water nymphe par AlicePopkorn – on retreat

« La Nuit d'Octobre » : La Muse par Alfred de Musset

La Nuit d’Octobre

Extrait

LA MUSE

Muse
 » Your silent eyes convince me i’m marooned … We are safe inside this azure blue lagoon  » Par gmayster01 on & off …

Poète, c’est assez. Auprès d’une infidèle,
Quand ton illusion n’aurait duré qu’un jour,
N’outrage pas ce jour lorsque tu parles d’elle ;
Si tu veux être aimé, respecte ton amour.
Si l’effort est trop grand pour la faiblesse humaine
De pardonner les maux qui nous viennent d’autrui,
Épargne-toi du moins le tourment de la haine ;
À défaut du pardon, laisse venir l’oubli.
Les morts dorment en paix dans le sein de la terre :
Ainsi doivent dormir nos sentiments éteints.
Ces reliques du cœur ont aussi leur poussière ;
Sur leurs restes sacrés ne portons pas les mains.
Pourquoi, dans ce récit d’une vive souffrance,
Ne veux-tu voir qu’un rêve et qu’un amour trompé ?
Est-ce donc sans motif qu’agit la Providence
Et crois-tu donc distrait le Dieu qui t’a frappé ?
Le coup dont tu te plains t’a préservé peut-être,
Enfant ; car c’est par là que ton cœur s’est ouvert.
L’homme est un apprenti, la douleur est son maître,
Et nul ne se connaît tant qu’il n’a pas souffert.
C’est une dure loi, mais une loi suprême,
Vieille comme le monde et la fatalité,
Qu’il nous faut du malheur recevoir le baptême,
Et qu’à ce triste prix tout doit être acheté.
Les moissons pour mûrir ont besoin de rosée ;
Pour vivre et pour sentir l’homme a besoin des pleurs ;
La joie a pour symbole une plante brisée,
Humide encor de pluie et couverte de fleurs.
Ne te disais-tu pas guéri de ta folie ?
N’es-tu pas jeune, heureux, partout le bienvenu ?
Et ces plaisirs légers qui font aimer la vie,
Si tu n’avais pleuré, quel cas en ferais-tu ?
Lorsqu’au déclin du jour, assis sur la bruyère,
Avec un vieil ami tu bois en liberté,
Dis-moi, d’aussi bon cœur lèverais-tu ton verre,
Si tu n’avais senti le prix de la gaîté ?
Aimerais-tu les fleurs, les prés et la verdure,
Les sonnets de Pétrarque et le chant des oiseaux,
Michel-Ange et les arts, Shakspeare et la nature,
Si tu n’y retrouvais quelques anciens sanglots ?
Comprendrais-tu des cieux l’ineffable harmonie,
Le silence des nuits, le murmure des flots,
Si quelque part là-bas la fièvre et l’insomnie
Ne t’avaient fait songer à l’éternel repos ?
N’as-tu pas maintenant une belle maîtresse ?
Continuer la lecture de « « La Nuit d'Octobre » : La Muse par Alfred de Musset »

« La Nuit d'Octobre » : Le Poète – Alfred de Musset

La Nuit d’Octobre

Extrait

LE POÈTE

Poète
Le Jour ni l’Heure 8760 : le poète Attilio Bertolucci, 1911-2000, photographie d’un panneau à son effigie dans le village de Casarola, commune de Monchio delle Corti, dans l’Appenin de Parme, Émilie-Romagne, lundi 31 octobre 2011, 16:46:46 Par Renaud Camus

Honte à toi qui la première
M’as appris la trahison,
Et d’horreur et de colère
M’as fait perdre la raison !
Honte à toi, femme à l’oeil sombre,
Dont les funestes amours
Ont enseveli dans l’ombre
Mon printemps et mes beaux jours !
C’est ta voix, c’est ton sourire,
C’est ton regard corrupteur,
Qui m’ont appris à maudire
Jusqu’au semblant du bonheur ;
C’est ta jeunesse et tes charmes
Qui m’ont fait désespérer,
Et si je doute des larmes,
C’est que je t’ai vu pleurer.
Honte à toi, j’étais encore
Aussi simple qu’un enfant ;
Comme une fleur à l’aurore,
Mon cœur s’ouvrait en t’aimant.
Certes, ce coeur sans défense
Put sans peine être abusé ;
Mais lui laisser l’innocence
Était encor plus aisé. Continuer la lecture de « « La Nuit d'Octobre » : Le Poète – Alfred de Musset »

« Écris ton Nom » de Marc Dupuy

La Fille de l'air
La Chine en mouvement : chemin champêtre Par bertrand môgendre

Écris ton nom à côté du mien.

C’est lisible. C’est simple :
Nous ne sommes pas un couple d’amoureux.

Bientôt nous partirons et chanterons,
Légèrement appuyés l’un sur l’autre…

Je ne dirais plus rien, après.
Tu diras en cet instant,
Nous sommes ensemble en terre étrangère.

Ceci est l’endroit où je me tiens et attends.

Ce qui viendra, cela ne compte pas.

Nous buvions et nous parlions
Jusqu’à chanter : entends-tu encore ?

From silent night. Vous me tuez si doucement.

Continuer la lecture de « « Écris ton Nom » de Marc Dupuy »