« La Jeune Baigneuse » d'Alfred Garneau

 La Jeune Baigneuse

L’aube sur la baie éclatante
Se joue encor,
Et sème au loin l’eau palpitante
D’écailles d’or.

Déjà le cap Percé rayonne:
Sur ses pieds bleus
Le flux rejaillant résonne
Harmonieux.

O beau rocher ! tes blanches lignes
Courent dans l’air,
Puis s’enfoncent comme des cygnes
Dans le flot clair !

En longues flammes frissonneuses,
Sous ton arceau
Pendant des mousses lumineuses
Au fil de l’eau.

Silence !… Une baigneuse blonde,
Seule en ce lieu,
Rit et se fait des plis de l’onde
Un voile bleu.

Voici qu’une vague s’avance
En folâtrant ;
Conque humide, elle se balance
Dans le courant.

La joueuse qu’elle a frôlée
Rit aux éclats,
Et roule, bruyante et perlée,
Dans l’eau lilas.

O fraîcheur divine ! ô délices !…
Ses doigts joyeux
Ouvrent frileusement les lisses
De ses cheveux.

Ainsi, quand les pleurs de l’aurore
Baignent son sein,
Frémit l’iris qui se colore
Sur le bassin.

Dans l’écume une écaille rose
Pend au rocher…
Elle vole, s’écrie et n’ose
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