« Je ne refuse point qu'en si belle jeunesse » de Philippe Desportes

Je ne refuse point qu’en si belle jeunesse

Je ne refuse point qu’en si belle jeunesse 
De mille et mille amants vous soyez la maîtresse, 
Que vous n’aimiez partout, et que, sans perdre temps, 
Des plus douces faveurs ne les rendiez contents : 
La beauté florissante est trop soudain séchée 
Pour s’en ôter l’usage, et la tenir cachée.
Mais je crève de rage et supporte au-dedans 
Des glaçons trop serrés et des feux trop ardents, 
Quand en dépit de moi vous faites que je sache 
Le mal qui n’est point mal lorsque bien on le cache. Continuer la lecture de « « Je ne refuse point qu'en si belle jeunesse » de Philippe Desportes »

« Éloge à la Lune » de Guillaume de Salluste Du Bartas

Éloge à la lune

Ô le second honneur des celestes chandelles,
Asseuré calendrier des fastes eternelles,
Princesse de la mer, flambeau guide-passant,
Conduy-somme, aime-paix, que diray-je, ô croissant,
De ton front inconstant, qui fait que je balance
Tantost ça tantost là d’une vaine inconstance,
Si par l’oeil toutesfois l’humain entendement
De corps tant esloignez peut faire jugement,
J’estime que ton corps est rond comme une bale,
Dont la superficie en tous lieux presque égale
Comme un miroir poli, or dessus or dessous,
Rejette la clarté du soleil, ton espoux. Continuer la lecture de « « Éloge à la Lune » de Guillaume de Salluste Du Bartas »

« Il n'est donc plus d'espoir, et ma plainte perdue » par André Chénier

Il n’est donc plus d’espoir, et ma plainte perdue

Il n’est donc plus d’espoir, et ma plainte perdue 
A son esprit distrait n’est pas mème rendue ! 
Couchons-nous sur sa porte. Ici, jusques au jour 
Elle entendra les pleurs d’un malheureux amour. 
Mais, non… Fuyons… Une autre avec plaisir tentée 
Prendra soin d’accueillir ma flamme rebutée, 
Et de mes longs tourments pour consoler mon coeur…
Mais plutôt renonçons à ce sexe trompeur.  Continuer la lecture de « « Il n'est donc plus d'espoir, et ma plainte perdue » par André Chénier »

♪ « Bon conseil aux amants » de Victor Hugo

Bon conseil aux amants

L’amour fut de tout temps un bien rude Ananké. 
Si l’on ne veut pas être à la porte flanqué, 
Dès qu’on aime une belle, on s’observe, on se scrute ; 
On met le naturel de côté ; bête brute, 
On se fait ange ; on est le nain Micromégas ; 
Surtout on ne fait point chez elle de dégâts ; 
On se tait, on attend, jamais on ne s’ennuie, 
On trouve bon le givre et la bise et la pluie, 
On n’a ni faim, ni soif, on est de droit transi ; 
Un coup de dent de trop vous perd. Oyez ceci : Continuer la lecture de « ♪ « Bon conseil aux amants » de Victor Hugo »

« Élégie » (1) de Jean Bertaut

Élégie

Comme alors que le jour c’est caché sous la terre,
Le soucy plus ouvert se referme et reserre,
Dedaigneux de laisser regarder à son oeil
D’autres flammes au Ciel que celles du Soleil :
Ainsi quand les malheurs qui traversent ma vie
M’ont de vostre bel oeil la presence ravie,
Le mien se fermeroit, dolent de ne voir rien
Qui ne semble exprimer la perte de son bien :
Et dédaigneux de suivre, en l’ombre où je chemine,
Une lumiere humaine apres une divine,
Fuiroit en quelque lieu de clarté dépourveu,
Cherchant de ne rien voir, et de n’estre point veu;
Si le poignant regret que me cause ma perte,
Ne tenoit ma paupiere incessamment ouverte
Aux pleurs dont le ruisseau coule sans s’estancher
De mon coeur misérable, ainsi que d’un rocher. Continuer la lecture de « « Élégie » (1) de Jean Bertaut »