« Le jet d'eau » de Charles Baudelaire

Jet d'eau fait par un enfant

Le jet d’eau

Tes beaux yeux sont las, pauvre amante !
Reste longtemps, sans les rouvrir,
Dans cette pose nonchalante
Où t’a surprise le plaisir.
Dans la cour le jet d’eau qui jase
Et ne se tait ni nuit ni jour,
Entretient doucement l’extase
Où ce soir m’a plongé l’amour.

La gerbe épanouie
En mille fleurs,
Où Phoebé réjouie
Met ses couleurs,
Tombe comme une pluie
De larges pleurs.

Ainsi ton âme qu’incendie
L’éclair brûlant des voluptés
S’élance, rapide et hardie,
Vers les vastes cieux enchantés.
Puis, elle s’épanche, mourante,
En un flot de triste langueur,
Qui par une invisible pente
Descend jusqu’au fond de mon cœur.

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« Chant d'amour (I) » d'Alphonse de Lamartine

Chant d’Amour (I)

Naples, 1822

La Plus Belle : Paula Seling
Paula Seling Par Véronique3

Si tu pouvais jamais égaler, ô ma lyre,
Le doux frémissement des ailes du zéphyre
À travers les rameaux,
Ou l’onde qui murmure en caressant ces rives,
Ou le roucoulement des colombes plaintives,
Jouant aux bords des eaux ;

Si, comme ce roseau qu’un souffle heureux anime,
Tes cordes exhalaient ce langage sublime,
Divin secret des cieux,
Que, dans le pur séjour où l’esprit seul s’envole,
Les anges amoureux se parlent sans parole,
Comme les yeux aux yeux ;

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« Le Mot et la Chose » – Abbé de Lattaignant

Le Mot et la Chose

Mot Doux
Mot doux du matin… Par Nico&CO

Madame quel est votre mot
Et sur le mot et sur la chose
On vous a dit souvent le mot
On vous a fait souvent la chose
Ainsi de la chose et du mot
Vous pouvez dire quelque chose
Et je gagerais que le mot
Vous plaît beaucoup moins que la chose
Pour moi voici quel est mon mot
Et sur le mot et sur la chose
J’avouerai que j’aime le mot
J’avouerai que j’aime la chose
Mais c’est la chose avec le mot
Mais c’est le mot avec la chose
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« Stances amoureuses de la Reine de Navarre » de Marguerite de Valois

Marguerite

Stances amoureuses de la Reine de Navarre

Extraits

J’ai un ciel de désir, un monde de tristesse,
Un univers de maux, mille feux de détresse,
Un Etna de sanglots et une mer de pleurs.
J’ai mille jours d’ennuis, mille nuits de disgrâce,
Un printemps d’espérance et un hiver de glace ;
De soupirs un automne, un été de chaleurs.

Clair soleil de mes yeux, si je n’ai ta lumière,
Une aveugle nuée ennuitte ma paupière,
Une pluie de pleurs découle de mes yeux.
Les clairs éclairs d’Amour, les éclats de sa foudre,
Entrefendent mes nuits et m’écrasent en poudre :
Quand j’entonne mes cris, lors j’étonne les cieux.

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« L'Amour » de Paul Éluard et d'André Breton

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L’Amour

Extrait

Lorsque la femme est sur le dos et que l’homme est couché sur elle, c’est la cédille.

Lorsque l’homme est sur le dos et que sa maîtresse est couchée sur lui, c’est le c.

Lorsque l’homme et sa maîtresse sont couchés sur le flanc et s’observent, c’est le pare-brise.

Lorsque l’homme et la femme sont couchés sur le flanc, seul le dos de la femme se laissant observer, c’est la Mare-au-Diable.

Lorsque l’homme et sa maîtresse sont couchés sur le flanc, s’observant, et qu’elle enlace de ses jambes les jambes de l’homme, la fenêtre grande ouverte, c’est l’oasis.

Lorsque l’homme et la femme sont couchés sur le dos et qu’une jambe de la femme est en travers du ventre de l’homme, c’est le miroir brisé.

Lorsque l’homme est couché sur sa maîtresse qui l’enlace de ses jambes, c’est la vigne-vierge.

Lorsque l’homme et la femme sont sur le dos, la femme sur l’homme et tête-bêche, les jambes de la femme glissées sous les bras de l’homme, c’est le sifflet du train.

Lorsque la femme est assise, les jambes étendues sur l’homme couché lui faisant face, et qu’elle prend appui sur les mains, c’est la lecture.

Lorsque la femme est assise, les genoux pliés, sur l’homme couché, lui faisant face, le buste renversé ou non, c’est l’éventail.

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« Les Cheveux » de Rémy de Gourmont

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Les Cheveux

Simone, il y a un grand mystère
Dans la forêt de tes cheveux.

Tu sens le foin, tu sens la pierre
Où des bêtes se sont posées ;
Tu sens le cuir, tu sens le blé,
Quand il vient d’être vanné ;
Tu sens le bois, tu sens le pain
Qu’on apporte le matin ;
Tu sens les fleurs qui ont poussé
Le long d’un mur abandonné ;
Tu sens la ronce, tu sens le lierre
Qui a été lavé par la pluie ;
Tu sens le jonc et la fougère
Qu’on fauche à la tombée de la nuit ;
Tu sens la ronce, tu sens la mousse,
Tu sens l’herbe mourante et rousse
Qui s’égrène à l’ombre des haies ;
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