« La Forêt de Tristesse » de Jacques Milet

Tristesse de la forêt

La Forêt de Tristesse

C’est icy la forest d’ennuy,
Ou arbre nesung1 fruict ne porte
Et n’y peut vivre en paix nulluy,
Tout est layt et de fausse sorte.
Tout ainsi qu’elle se comporte,
Melancolie en est la dame,
Et n’est creature si forte
Qui contre elle droit y reclame.

Elle se tient icy bien pres
En ung chastel moult orgueilleux,
Et le voit on tantost après
Que l’on sault des pas2 perilleux :
Il a nom Melancolieux
Par son droit nom ainsi qu’on dit,
Et siet sur ung roch merveilleux
En pays desert et maudit
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« Ô prompt à croire et tardif à savoir » de Marguerite de Navarre (Marie de France)

Ô prompt à croire et tardif à savoir

Ô prompt à croire et tardif à savoir 
Le vrai, qui tant clairement se peut voir, 
A votre coeur reçu telle pensée 
Qu’à tout jamais j’en demeure offensée ? 
Est-il entré dans votre entendement, 
Que dans mon coeur y ait un autre amant ? 
Hélas ! mon Dieu, avez-vous bien pu croire 
Qu’autre que vous puisse être en ma mémoire ? 
Est-il possible ? A mensonge crédit 
En votre endroit, ainsi que l’avez dit ?  Continuer la lecture de « « Ô prompt à croire et tardif à savoir » de Marguerite de Navarre (Marie de France) »

« Ballade de bonne doctrine à ceux de mauvaise vie » de François Villon

Ballade de bonne doctrine à ceux de mauvaise vie

 » Car ou soies porteur de bulles,
Pipeur ou hasardeur de dés,
Tailleur de faux coins et te brûles
Comme ceux qui sont échaudés,
Traîtres parjurs, de foi vidés ;
Soies larron, ravis ou pilles :
Où s’en va l’acquêt, que cuidez ?
Tout aux tavernes et aux filles.

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« Bien que par le pesché, dont nostre premier pere » de Guillaume de Salluste Du Bartas

Bien que par le pesché, dont nostre premier pere

… Bien que par le pesché, dont nostre premier pere
Nous a bannis du ciel, la terre dégenere
De son lustre premier, portant de son seigneur
Sur le front engravé l’éternel deshonneur ;
Que son aage decline avec l’aage du monde ;
Que sa fecondité la rende moins feconde,
Semblable à celle-là dont le corps est cassé
Des tourmens de Lucine, et dont le front lassé
D’avoir de ses enfans peuplé presque une ville,
Espuisé de vertu, devient en fin sterile : Continuer la lecture de « « Bien que par le pesché, dont nostre premier pere » de Guillaume de Salluste Du Bartas »

« Élégie » (1) de Jean Bertaut

Élégie

Comme alors que le jour c’est caché sous la terre,
Le soucy plus ouvert se referme et reserre,
Dedaigneux de laisser regarder à son oeil
D’autres flammes au Ciel que celles du Soleil :
Ainsi quand les malheurs qui traversent ma vie
M’ont de vostre bel oeil la presence ravie,
Le mien se fermeroit, dolent de ne voir rien
Qui ne semble exprimer la perte de son bien :
Et dédaigneux de suivre, en l’ombre où je chemine,
Une lumiere humaine apres une divine,
Fuiroit en quelque lieu de clarté dépourveu,
Cherchant de ne rien voir, et de n’estre point veu;
Si le poignant regret que me cause ma perte,
Ne tenoit ma paupiere incessamment ouverte
Aux pleurs dont le ruisseau coule sans s’estancher
De mon coeur misérable, ainsi que d’un rocher. Continuer la lecture de « « Élégie » (1) de Jean Bertaut »