« Le Diable Ermite » par Émile Zola

Diable Ermite

Le Diable Ermite

J’estime qu’un conte badin,
En hiver, par un temps de pluie,
Lorsqu’on se chauffe et qu’on s’ennuie,
Est un remède souverain
Pour chasser la mélancolie.
Le corps perdu dans le duvet,
Et les deux pieds sur un chenet,
On regarde briller la flamme ;
Et, par le doux conte bercé,
On entend chanter dans son âme
Quelque souvenir effacé
Ou quelque rêve caressé.
— Hélas ! chère et tendre madame,
Puisque d’éternelles amours
N’ont duré que quinze grands jours ;
Puisque d’hier le gai sourire
A fait place au long bâillement ;
Et que votre cœur qui soupire,

Toujours trompé, toujours trompant,
En est déjà, pour se distraire,
A regretter quelque misère,
A souhaiter quelque tourment :
Approchez-vous du feu, ma mie ;
Au bruit du vent et de la pluie,
Écoutez ce récit galant ;
Et, dans un sourire peut-être,
Nous verrons nos baisers renaître,
Nos amoureux baisers d’antan.
Un saint ermite de Boccace
But et mangea si bien un jour,
Qu’il en resta mort sur la place.
De tous les moines d’alentour,
Notre frère, défunt Pancrace
Était certes le plus fleuri,
Le plus rond, le plus rebondi.
Sur sa vermeille et large face,
Grosses lèvres, regards brillants,
On lisait que l’excellent père
Ne boudait pas contre son verre,
Moins encor contre les seins blancs
D’une mignonne de seize ans.

Las ! l’honneur de la confrérie,
Là gloire et la fleur du courent

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« Au Peuple » de Victor Hugo

La Liberté guidant le Peuple de Delacroix

Au Peuple

Il te ressemble ; il est terrible et pacifique.
Il est sous l’infini le niveau magnifique ;
Il a le mouvement, il a l’immensité.
Apaisé d’un rayon et d’un souffle agité,
Tantôt c’est l’harmonie et tantôt le cri rauque.
Les monstres sont à l’aise en sa profondeur glauque ;
La trombe y germe ; il a des gouffres inconnus
D’où ceux qui l’ont bravé ne sont pas revenus ;
Sur son énormité le colosse chavire ;
Comme toi le despote il brise le navire ; Continuer la lecture de « « Au Peuple » de Victor Hugo »