« Je me tais et je pleure » de Sophie d'Arbouville

Je me tais et je pleure

À Madame *** qui demandait des vers pour son album.

Les vers n’arrivent pas au gré de mon désir,
L’heure du feu sacré ne saurait se choisir.
Dites-vous au bouton qu’il devienne une rose,
À l’oiseau dans son nid que sa couvée éclose ?
Pourquoi me dire à moi : « Prends ton luth pour chanter ? »
Les feuilles loin du vent ne sauraient s’agiter ;
Et comme elles j’attends, immobile et timide,
Qu’une brise du ciel, dans sa course rapide,
Vienne douce et suave, inclinant les buissons,
Comme aux feuilles des bois m’arracher quelques sons. Continuer la lecture de « « Je me tais et je pleure » de Sophie d'Arbouville »

« Laisse couler mes pleurs » de Cécile Sauvage

Laisse couler mes pleurs

Laisse couler mes pleurs tendres sur ton visage.
Bois-les, je suis ta soeur humaine dans la vie,
Le sang coule en ma chair pour être ta pâture
Et l’amour de la créature
M’a pour jamais vers toi, ô mon frère, inclinée.
Quel intime frisson de chair nous réunit,
Quelle nudité d’âme et de chair nous assemble,
Ô toi seul devant qui je demeure plus nue
Qu’au jour de ma naissance ignorante et naïve.

Cécile Sauvage
« Primevère »

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« Le jet d'eau » de Charles Baudelaire

Jet d'eau fait par un enfant

Le jet d’eau

Tes beaux yeux sont las, pauvre amante !
Reste longtemps, sans les rouvrir,
Dans cette pose nonchalante
Où t’a surprise le plaisir.
Dans la cour le jet d’eau qui jase
Et ne se tait ni nuit ni jour,
Entretient doucement l’extase
Où ce soir m’a plongé l’amour.

La gerbe épanouie
En mille fleurs,
Où Phoebé réjouie
Met ses couleurs,
Tombe comme une pluie
De larges pleurs.

Ainsi ton âme qu’incendie
L’éclair brûlant des voluptés
S’élance, rapide et hardie,
Vers les vastes cieux enchantés.
Puis, elle s’épanche, mourante,
En un flot de triste langueur,
Qui par une invisible pente
Descend jusqu’au fond de mon cœur.

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