« Épitaphe sur la mort de damoiselle Elisabeth Ranquet » de Pierre Corneille

Épitaphe sur la mort de damoiselle Élisabeth Ranquet

Ne verse point de pleurs sur cette sépulture,
Passant ; ce lit funèbre est un lit précieux,
Où gît d’un corps tout pur la cendre toute pure ;
Mais le zèle du coeur vit encore en ces lieux.

Avant que de payer le droit de la nature,
Son âme, s’élevant au-delà de ses yeux,
Avait au Créateur uni la créature ;
Et marchant sur la terre elle était dans les cieux.

Les pauvres bien mieux qu’elle ont senti sa richesse
L’humilité, la peine, étaient son allégresse ;
Et son dernier soupir fut un soupir d’amour.

Passant, qu’à son exemple un beau feu te transporte ;
Et, loin de la pleurer d’avoir perdu le jour,
Crois qu’on ne meurt jamais quand on meurt de la sorte.

Pierre Corneille

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« Regrets d'Amour » de Pierre Corneille

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Regrets d’amour

Caliste, lorsque je vous vois,
Dirai-je que je vous admire ?
C’est vous dire bien peu pour moi,
Et peut-être c’est trop vous dire.

Je m’expliquerais un peu mieux
Pour un moindre rang que le vôtre,
Vous êtes belle, j’ai des yeux,
Et je suis homme comme un autre.

Que n’êtes-vous à votre tour,
Caliste, comme une autre femme !
Je serais pour vous tout d’amour
Si vous n’étiez point si grande dame.

Votre grade hors du commun
Incommode fort qui vous aime,
Et sous le respect importun
Un beau feu s’éteint de lui-même.

J’aime un peu l’indiscrétion
Quand je veux faire des maîtresses ;
Et quand j’ai de la passion,
J’ai grand amour pour les caresses.

Mais si j’osais me hasarder
Avec vous au moindre pillage,
Vous me feriez bien regarder
Le grand chemin de mon village.

J’aime donc mieux laisser mourir
L’ardeur qui serait mal traitée,
Que de prétendre à conquérir
Ce qui n’est point de ma portée.

Pierre Corneille

« Marquise, si mon visage… » – Pierre Corneille

Marquise, si mon visage

A quelques traits un peu vieux,
Souvenez-vous qu’à mon âge
Vous ne vaudrez guère mieux.

Le temps aux plus belles choses
Se plaît à faire un affront,
Et saura faner vos roses
Comme il a ridé mon front.

Le même cours des planètes
Règle nos jours et nos nuits :
On m’a vu ce que vous êtes;
Vous serez ce que je suis.

Cependant j’ai quelques charmes
Qui sont assez éclatants
Pour n’avoir pas trop d’alarmes
De ces ravages du temps.

Vous en avez qu’on adore,
Mais ceux que vous méprisez
Pourraient bien durer encore
Quand ceux-là seront usés.

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« Chanson » de Pierre Corneille

Chanson

Si je perds bien des maîtresses,
J’en fais encor plus souvent,
Et mes vœux et mes promesses
Ne sont que feintes caresses,
Et mes vœux et mes promesses
Ne sont jamais que du vent.

Quand je vois un beau visage,
Soudain je me fais de feu,
Mais longtemps lui faire hommage,
Ce n’est pas bien mon usage,
Mais longtemps lui faire hommage,
Ce n’est pas bien là mon jeu.

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