« Ces passions qu'eux seuls nomment encore amours » de Paul Verlaine

Ces passions qu’eux seuls nomment encore amours

Ces passions qu’eux seuls nomment encore amours
Sont des amours aussi, tendres et furieuses,
Avec des particularités curieuses
Que n’ont pas les amours certes de tous les jours.

Même plus qu’elles et mieux qu’elles héroïques,
Elles se parent de splendeurs d’âme et de sang
Telles qu’au prix d’elles les amours dans le rang
Ne sont que Ris et Jeux ou besoins érotiques,

Que vains proverbes, que riens d’enfants trop gâtés.
– « Ah ! les pauvres amours banales, animales,
Normales ! Gros goûts lourds ou frugales fringales,
Sans compter la sottise et des fécondités ! »

– Peuvent dire ceux-là que sacre le haut Rite,
Ayant conquis la plénitude du plaisir,
Et l’insatiabilité de leur désir
Bénissant la fidélité de leur mérite.

La plénitude ! Ils l’ont superlativement :
Baisers repus, gorgés, mains privilégiées
Dans la richesse des caresses repayées,
Et ce divin final anéantissement !

Comme ce sont les forts et les forts, l’habitude
De la force les rend invaincus au déduit.
Plantureux, savoureux, débordant, le déduit !
Je le crois bien qu’ils l’ont la pleine plénitude !

Et pour combler leurs vœux, chacun d’eux tour à tour
Fait l’action suprême, a la parfaite extase
– Tantôt la coupe ou la bouche et tantôt le vase –
Pâmé comme la nuit, fervent comme le jour.

Leurs beaux ébats sont grands et gais. Pas de ces crises
Vapeurs, nerfs. Non, des jeux courageux, puis d’heureux
Bras las autour du cou, pour de moins langoureux
Qu’étroits sommeils à deux, tout coupés de reprises,

Dormez, les amoureux ! Tandis qu’autour de vous
Le monde inattentif aux choses délicates,
Bruit ou gît en somnolences scélérates,
Sans même, il est si bête ! être de vous jaloux.

Et ces réveils francs, clairs, riants, vers l’aventure
De fiers damnés d’un plus magnifique sabbat !
Et salut, témoins purs de l’âme en ce combat
Pour l’affranchissement de la lourde nature !

Paul Verlaine
« Parallèlement »

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« Solstice » de Jean-Max Tixier

Solstice

Au solstice d’amour
Midi pèse sur nos corps
Nous vient ce chant profond
De scintillante lumière
Porté par des nuées d’abeilles
Sous la peau

L’horizon s’ouvre à la plénitude de la joie
La liesse mousse sur les eaux
À l’étiage de la mémoire

Toi et moi nous voici droits
Au lieu de notre intime exaltation
Ombres lovées à l’entour de ce partage
Tristesse ou promesse de nuit
Dans la convulsion du soir ou de l’aurore

Le vent nous a fait ce que nous sommes
Il retirera demain de nos bouches
Soudées du même souffle

Demeure ma demeure
Demeure ô mon amour
Dans le gel ou l’ardeur
L’abîme ou le sommet
Jusqu’au plus jour du jour.

Jean-Max Tixier

Solstice
Before and After Par lrargerich

« Un Quatorze Février » de Jean-Pierre

UN QUATORZE FÉVRIER

Puisque ce jour j’embrasse
De roses colorées de rouge
Rouge du teint de tes joues
Quand de tant d’amour tu m’enlaces

La raison tient au cœur de ma passion
Éruption rouge volcan d’amour
Lave du cœur sang rouge d’émotion
De conjuguer l’amour de jour en jour

Sans point virgule et moindre espace
Âme blancheur, cœur purement rouge
Vent fou d’amour quand tu m’embrasses
Vin de la treille, rouge feu, flamme qui bouge

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« Amour en Cage » de Sybille Rembard

Amour en Cage

Au clair de la lune...
Au clair de la lune…

T’abreuvant à mes lèvres
calice argenté
désir
tu emprisonnes le fruit mûr de ma tendresse
Derrière la lanterne tes yeux seuls regardent ma fleur solitaire
éclore
Derrière les barreaux de la passion
ton regard d’opale
frémit
Tu as compris
c’est notre dernière cène
Me transformant en Physalis
écrin de volupté
j’étoufferai
apaisée

Sybille Rembard

Beauté Fractionnée

Crédit Photo : images issue de la galerie de ImAges ImprobAbles

Poème de Jean Orizet

Sourire
Sourire

Hier, ton rire sonnait clair
je le buvais comme un vin jeune.
Maintenant, davantage livrée,
tu souris presque gravement
de tes yeux à demi fermés

et c’est au fond de ma poitrine
qu’une explosion les rouvre.

La beauté calme de ton visage
me foudroie.

Jean Orizet

« Dans la terre torride… » de Rémy de Gourmont

Everlasting Love

Dans la terre torride…

Dans la terre torride, une plante exotique
Penchante, résignée : éclos hors de saison
Deux boutons fléchissaient, d’un air grave et mystique ;
La sève n’était plus pour elle qu’un poison.

Et je sentais pourtant de la fleur accablée
S’évaporer l’effluve âcre d’un parfum lourd,
Mes artères battaient, ma poitrine troublée
Haletait, mon regard se voilait, j’étais sourd.

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« Nevermore » de Paul Verlaine

Nevermore

Ciel Rose
Rose Espoir du matin, désespoir pluvieux du soir ?

Souvenir, souvenir, que me veux-tu ? L’automne
Faisait voler la grive à travers l’air atone,
Et le soleil dardait un rayon monotone
Sur le bois jaunissant où la bise détone.

Nous étions seul à seule et marchions en rêvant,
Elle et moi, les cheveux et la pensée au vent.
Soudain, tournant vers moi son regard émouvant:
« Quel fut ton plus beau jour ? » fit sa voix d’or vivant,

Sa voix douce et sonore, au frais timbre angélique.
Un sourire discret lui donna la réplique,
Et je baisai sa main blanche, dévotement.

– Ah ! les premières fleurs, qu’elles sont parfumées !
Et qu’il bruit avec un murmure charmant
Le premier « oui » qui sort de lèvres bien-aimées !

Paul Verlaine

« La nuit m’est courte, et le jour trop me dure » – Joachim du Bellay

Shéhérazade

La nuit m’est courte, et le jour trop me dure

La nuit m’est courte, et le jour trop me dure,
Je fuis l’amour, et le suis à la trace,
Cruel me suis, et requiers votre grâce,
Je prends plaisir au tourment, que j’endure.

Je vois mon bien, et mon mal je procure,
Désir m’enflamme, et crainte me rend glace,
Je veux courir, et jamais ne déplace,
L’obscur m’est clair, et la lumière obscure.

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