« L'Amazone » de François Coppée

L’Amazone

Devant le frais cottage au gracieux perron,
Sous la porte que timbre un tortil de baron,
Debout entre les deux gros vases de faïence,
L’amazone, déjà pleine d’impatience,
Apparaît, svelte et blonde, et portant sous son bras
Sa lourde jupe, avec un charmant embarras.
Le fin drap noir étreint son corsage, et le moule ;
Le mignon chapeau d’homme, autour duquel s’enroule
Un voile blanc, lui jette une ombre sur les yeux.
La badine de jonc au pommeau précieux
Frémit entre les doigts de la jeune élégante,
Qui s’arrête un moment sur le seuil et se gante.
Agitant les lilas en fleur, un vent léger
Passe dans ses cheveux et les fait voltiger.
Blonde auréole autour de son front envolée :
Et, gros comme le poing, au milieu de l’allée
De sable roux semé de tout petits galets,
Le groom attend et tient les deux chevaux anglais.

Et moi, flâneur qui passe et jette par la grille
Un regard enchanté sur cette jeune fille,
Et m’en vais sans avoir même arrêté le sien,
J’imagine un bonheur calme et patricien,
Où cette noble enfant me serait fiancée ;
Et déjà je m’enivre à la seule pensée
Des clairs matins d’avril où je galoperais,
Sur un cheval très vif et par un vent très frais,
À ses côtés, lancé sous la frondaison verte.
Nous irions, par le bois, seuls, à la découverte ;
Et, voulant une image au contraste troublant
Du long vêtement noir et du long voile blanc,
Je la comparerais, dans ma course auprès d’elle,
À quelque fugitive et sauvage hirondelle.

François Coppée
« Promenades et Intérieurs. »

The Damm Family in Their Car, Los Angeles, CA, USA, 1987, By Mary Ellen Mark
The Damm Family in Their Car, Los Angeles, CA, USA, 1987, By Mary Ellen Mark par Thomas Hawk

« Le Cœur » d'Anna de Noailles

Le cœur

Mon cœur tendu de lierre odorant et de treilles,
Vous êtes un jardin où les quatre saisons
Tenant du buis nouveau, des grappes de groseilles
Et des pommes de pin, dansent sur le gazon…
– Sous les poiriers noueux couverts de feuilles vives
Vous êtes le coteau qui regarde la mer,
Ivre d’ouïr chanter, quand le matin arrive,
La cigale collée au brin de menthe amer.
– Vous êtes un vallon escarpé ; la nature
Tapisse votre espace et votre profondeur
De mousse délicate et de fraîche verdure.
– Vous êtes dans votre humble et pastorale odeur
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« Le Sombre Mai » de Paul Claudel

Le Sombre Mai

Sombre Mai
Escalier, bois et boulons Par MaxLeMans

Les princesses au yeux de chevreuil passaient
À cheval sur les chemins entre les bois.
Dans les forêts sombres chassaient
Les meutes aux sourds abois.
Dans les branches s’étaient pris leurs cheveux fins,
Des feuilles étaient collées sur leurs visages.
Elles écartaient les branches avec leurs mains,
elles regardaient autour avec des yeux sauvages.
Reines des bois où chante l’oiseau du hêtre Continuer la lecture de « « Le Sombre Mai » de Paul Claudel »