« J'ai cueilli cette fleur pour toi sur la colline » de Victor Hugo

J’ai cueilli cette fleur pour toi sur la colline

J’ai cueilli cette fleur pour toi sur la colline.
Dans l’âpre escarpement qui sur le flot s’incline,
Que l’aigle connaît seul et seul peut approcher,
Paisible, elle croissait aux fentes du rocher.
L’ombre baignait les flancs du morne promontoire ;
Je voyais, comme on dresse au lieu d’une victoire
Un grand arc de triomphe éclatant et vermeil,
À l’endroit où s’était englouti le soleil,
La sombre nuit bâtir un porche de nuées.
Des voiles s’enfuyaient, au loin diminuées ;
Quelques toits, s’éclairant au fond d’un entonnoir,
Semblaient craindre de luire et de se laisser voir.
J’ai cueilli cette fleur pour toi, ma bien-aimée. Continuer la lecture de « « J'ai cueilli cette fleur pour toi sur la colline » de Victor Hugo »

« Vignes » de Caroline Onamor

Vignes

[singlepic id=69 w=320 h=240 mode=web20 float=right] Coucou, petit coquin,
Homme caché, galopin !
Au milieu des vignes
J’aperçois tes signes…
Le soleil se couche
Caresse ma bouche,
Miroite dans mes yeux
Qu’il allume de mille feux.
Envolée de tendresse
Flottant vers sa Déesse.
Une pensée câline.
Bisou à Caroline
Abeille du virtuel
Distillant son miel.
Brillant oiseau charmeur
Au ramage rieur.
Mante religieuse curieuse
Affamée, dévoreuse.

Frêle gazelle farouche
Partie, que rien ne touche.
Sauterelle verte
Que tes pas alertent.
Grand papillon de nuit
Dans le noir enfui
Qui t’a dit : « à demain,
Pour un autre refrain… »

« La Jeune Baigneuse » d'Alfred Garneau

 La Jeune Baigneuse

L’aube sur la baie éclatante
Se joue encor,
Et sème au loin l’eau palpitante
D’écailles d’or.

Déjà le cap Percé rayonne:
Sur ses pieds bleus
Le flux rejaillant résonne
Harmonieux.

O beau rocher ! tes blanches lignes
Courent dans l’air,
Puis s’enfoncent comme des cygnes
Dans le flot clair !

En longues flammes frissonneuses,
Sous ton arceau
Pendant des mousses lumineuses
Au fil de l’eau.

Silence !… Une baigneuse blonde,
Seule en ce lieu,
Rit et se fait des plis de l’onde
Un voile bleu.

Voici qu’une vague s’avance
En folâtrant ;
Conque humide, elle se balance
Dans le courant.

La joueuse qu’elle a frôlée
Rit aux éclats,
Et roule, bruyante et perlée,
Dans l’eau lilas.

O fraîcheur divine ! ô délices !…
Ses doigts joyeux
Ouvrent frileusement les lisses
De ses cheveux.

Ainsi, quand les pleurs de l’aurore
Baignent son sein,
Frémit l’iris qui se colore
Sur le bassin.

Dans l’écume une écaille rose
Pend au rocher…
Elle vole, s’écrie et n’ose
La détacher ; Continuer la lecture de « « La Jeune Baigneuse » d'Alfred Garneau »

« L'Amazone » de François Coppée

L’Amazone

Devant le frais cottage au gracieux perron,
Sous la porte que timbre un tortil de baron,
Debout entre les deux gros vases de faïence,
L’amazone, déjà pleine d’impatience,
Apparaît, svelte et blonde, et portant sous son bras
Sa lourde jupe, avec un charmant embarras.
Le fin drap noir étreint son corsage, et le moule ;
Le mignon chapeau d’homme, autour duquel s’enroule
Un voile blanc, lui jette une ombre sur les yeux.
La badine de jonc au pommeau précieux
Frémit entre les doigts de la jeune élégante,
Qui s’arrête un moment sur le seuil et se gante.
Agitant les lilas en fleur, un vent léger
Passe dans ses cheveux et les fait voltiger.
Blonde auréole autour de son front envolée :
Et, gros comme le poing, au milieu de l’allée
De sable roux semé de tout petits galets,
Le groom attend et tient les deux chevaux anglais.

Et moi, flâneur qui passe et jette par la grille
Un regard enchanté sur cette jeune fille,
Et m’en vais sans avoir même arrêté le sien,
J’imagine un bonheur calme et patricien,
Où cette noble enfant me serait fiancée ;
Et déjà je m’enivre à la seule pensée
Des clairs matins d’avril où je galoperais,
Sur un cheval très vif et par un vent très frais,
À ses côtés, lancé sous la frondaison verte.
Nous irions, par le bois, seuls, à la découverte ;
Et, voulant une image au contraste troublant
Du long vêtement noir et du long voile blanc,
Je la comparerais, dans ma course auprès d’elle,
À quelque fugitive et sauvage hirondelle.

François Coppée
« Promenades et Intérieurs. »

The Damm Family in Their Car, Los Angeles, CA, USA, 1987, By Mary Ellen Mark
The Damm Family in Their Car, Los Angeles, CA, USA, 1987, By Mary Ellen Mark par Thomas Hawk