« L'Art » par Théophile Gauthier

L’art

Oui, l’œuvre sort plus belle
D’une forme au travail
Rebelle,
Vers, marbre, onyx, émail.

Point de contraintes fausses !
Mais que pour marcher droit
Tu chausses,
Muse, un cothurne étroit.

Fi du rythme commode,
Comme un soulier trop grand,
Du mode
Que tout pied quitte et prend !

Statuaire, repousse
L’argile que pétrit
Le pouce,
Quand flotte ailleurs l’esprit ;

Lutte avec le carrare,
Avec le paros dur
Et rare,
Gardiens du contour pur ;

Emprunte à Syracuse
Son bronze où fermement
S’accuse
Le trait fier et charmant ;

D’une main délicate
Poursuis dans un filon
D’agate
Le profil d’Apollon.

Peintre, fuis l’aquarelle,
Et fixe la couleur
Trop frêle
Au four de l’émailleur.

Fais les sirènes bleues,
Tordant de cent façons
Leurs queues,
Les monstres des blasons ;

Dans son nimbe trilobe
La Vierge et son Jésus,
Le globe
Avec la croix dessus.

Tout passe. – L’art robuste
Seul a l’éternité.
Le buste
Survit à la cité.

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« La naissance d'Aphrodité » de José-Maria de Heredia

La naissance d’Aphrodité

Aphrodité
Crouching Aphrodite, 1st–2nd century AD, from Sainte-Colombe, Isère (France), Louvre Museum par Carole Raddato

Avant tout, le Chaos enveloppait les mondes
Où roulaient sans mesure et l’Espace et le Temps ;
Puis Gaia, favorable à ses fils les Titans,
Leur prêta son grand sein aux mamelles fécondes.

Ils tombèrent. Le Styx les couvrit de ses ondes.
Et jamais, sous l’éther foudroyé, le Printemps
N’avait fait resplendir les soleils éclatants,
Ni l’Eté généreux mûri les moissons blondes. Continuer la lecture de « « La naissance d'Aphrodité » de José-Maria de Heredia »

« Ah la belle Hélène! » de Guy Rancourt

Ah la belle Hélène!

[singlepic id=65 w=240 h=320 mode=web20 float=right]Ah la belle Hélène !
Fille du cygne et de Léda
Diront les férus de mythologie
Ah la belle Hélène!
Sœur des jumeaux Castor et Pollux
Diront les amateurs d’astrologie
Ah la belle Hélène!
épouse de Ménélas et de Pâris
Diront les amoureux de l’histoire

Ah la belle Hélène!
Fille de Normandie
Diront les gens de la France
Ah la belle Hélène!
Fille du Roy
Diront les colons de la Nouvelle-France
Ah la belle Hélène!
Femme-enfant de Sieur Samuel de Champlain
Diront les habitants de Stadaconé Continuer la lecture de « « Ah la belle Hélène! » de Guy Rancourt »

« Amour déchirure » par Abdeslam Kaissy

Amour déchirure

Mon amour, ma passion, ma douleur
Je me meurs en toi, mon coeur est en pleurs
Je veux te voir, te revoir et encore te revoir
Jusqu’à la déchirure, jusqu’au désespoir
Caresser ta peau, m’imprégner de tes senteurs
Sentir tes courbes généreuses, ouïr ton cœur
Honnir ce qui fait ta déprime, abhorrer ta peur
Tes élans métaphysiques et ton anti-mémoire
Ta douce schizophrénie minée par l’espoir Continuer la lecture de « « Amour déchirure » par Abdeslam Kaissy »

« Muse, n'est-ce point là le feu de la Déesse » de Salomon Certon

Muse, n’est-ce point là le feu de la Deesse

Muse, n’est-ce point là le feu de la Deesse
Qui naquit autrefois dans le champ marinier,
Qui d’un brin esclattant ne nous veut denier
Du matin qui s’en vient le jour et la promesse ?

Desja, n’est-ce point là l’aurore qui se dresse,
Vermillonnant ces Montz de son char saffranier ?
Desja, n’est-ce point là le flambeau journalier,
Qui des plus petits feux faict escarter la presse ?

C’est le jour, pour le seur, c’est le poinct asseuré
Qui te delivrera du combat enduré,
Qui t’a toute la nuict fait guerre si cruelle,

Mon oeil ne veille plus, tu es en liberté
De t’aller reposer par le jour appresté,
Qui t’annonce le point de ceste aube nouvelle.

Salomon Certon

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Jackie Martinez (#13250) Par mark sebastian

« Amour trouva Diane en la claire fontaine » de Siméon-Guillaume de la Roque

Amour trouva Diane en la claire fontaine

Amour trouva Diane en la claire fontaine,
Lorsqu’elle se baignait dans les flots argentés,
Sans crainte d’être vue en ces bois écartés
Où jadis le chasseur perdit la forme humaine.

Lors il prit en sa trousse une flèche inhumaine,
Pensant bien entamer ses diverses beautés,
Comme il fit à Phébus par ses traits indomptés,
Quand il suivait Daphné qui fuyait par la plaine. Continuer la lecture de « « Amour trouva Diane en la claire fontaine » de Siméon-Guillaume de la Roque »

« Vénus de Milo » de Charles-Marie Leconte de Lisle

Vénus de Milo

Marbre sacré, vêtu de force et de génie,
Déesse irrésistible au port victorieux,
Pure comme un éclair et comme une harmonie,
O Vénus, ô beauté, blanche mère des Dieux !

Tu n’es pas Aphrodite, au bercement de l’onde,
Sur ta conque d’azur posant un pied neigeux,
Tandis qu’autour de toi, vision rose et blonde,
Volent les Rires d’or avec l’essaim des Jeux.

Tu n’es pas Kythérée, en ta pose assouplie,
Parfumant de baisers l’Adonis bienheureux,
Et n’ayant pour témoins sur le rameau qui plie
Que colombes d’albâtre et ramiers amoureux.

Et tu n’es pas la Muse aux lèvres éloquentes,
La pudique Vénus, ni la molle Astarté
Qui, le front couronné de roses et d’acanthes,
Sur un lit de lotos se meurt de volupté.

Non ! les Rires, les Jeux, les Grâces enlacées,
Rougissantes d’amour, ne t’accompagnent pas.
Ton cortège est formé d’étoiles cadencées,
Et les globes en choeur s’enchaînent sur tes pas.

Du bonheur impassible ô symbole adorable,
Calme comme la Mer en sa sérénité,
Nul sanglot n’a brisé ton sein inaltérable,
Jamais les pleurs humains n’ont terni ta beauté.

Salut ! A ton aspect le coeur se précipite.
Un flot marmoréen inonde tes pieds blancs ;
Tu marches, fière et nue, et le monde palpite,
Et le monde est à toi, Déesse aux larges flancs !

Iles, séjour des Dieux ! Hellas, mère sacrée !
Oh ! que ne suis-je né dans le saint Archipel,
Aux siècles glorieux où la Terre inspirée
Voyait le Ciel descendre à son premier appel !

Si mon berceau, flottant sur la Thétis antique,
Ne fut point caressé de son tiède cristal ;
Si je n’ai point prié sous le fronton attique,
Beauté victorieuse, à ton autel natal ;

Allume dans mon sein la sublime étincelle,
N’enferme point ma gloire au tombeau soucieux ;
Et fais que ma pensée en rythmes d’or ruisselle,
Comme un divin métal au moule harmonieux.

Charles-Marie Leconte de Lisle

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Venus MiloPar grahamcase

« À Vénus » de Joachim du Bellay

À Vénus

Ayant après long désir
Pris de ma douce ennemie
Quelques arrhes du plaisir,
Que sa rigueur me dénie,
Je t’offre ces beaux oeillets,
Vénus, je t’offre ces roses,
Dont les boutons vermeillets
Imitent les lèvres closes
Que j’ai baisé par trois fois,
Marchant tout beau dessous l’ombre
De ce buisson que tu vois
Et n’ai su passer ce nombre,
Parce que la mère était
Auprès de là, ce me semble,
Laquelle, nous aguettait
De peur encores j’en tremble.
Or’ je te donne des fleurs
Mais si tu fais ma rebelle
Autant piteuse à mes pleurs,
Comme à mes yeux elle est belle,
Un myrthe je dédierai
Dessus les rives de Loire,
Et sur l’écorce écrirai
Ces quatre vers à ta gloire
« Thénot sur ce bord ici,
A Vénus sacre et ordonne
Ce myrthe et lui donne aussi
Ses troupeaux et sa personne. »

Joachim du Bellay

Venus Anadyomené by Ödön Moriet, c. 1912. Hungarian National Gallery

« Poème secret » de Guillaume Apollinaire

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Poème secret

Voilà de quoi est fait le chant symphonique de l’amour
qui bruit dans la conque de Vénus
Il y a le chant de l’amour de jadis
Le bruit des baisers éperdus des amants illustres
Les cris d’amour des mortelles violées par les dieux
Les virilités des héros fabuleux érigées Continuer la lecture de « « Poème secret » de Guillaume Apollinaire »

« Que me fuis-tu ? Mille Nymphes me cherchent » de Marc Claude de Buttet

Que me fuis-tu ? Mille Nymphes me cherchent 
Les Muses m’ont apporté leurs presens,
J’ay de Venus les verds myrtes plaisans,
J’ay de Phebus les lauriers qui ne sechent.

Cruelle, au moins si tels biens ne t’allechent,
Si mon amour, si mes soucis pesans,
Pren, pren pitié de ces miens jeunes ans,
Qui comme l’herbe au soleil se dessechent.

Mais que me vaut tant estre de dueil plein ?
Si mon erreur ne prophetise en vain,
Si d’Apollon sont les fureurs certeines,

Un jour viendra qu’apres mon mal passé
Sur ton giron doucement renversé,
Tes doux baisers me pairont de mes peines.

Marc Claude de Buttet
« L’Amalthée »

 

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water nymphe par AlicePopkorn – on retreat