« La part de Madeleine » d'Anatole France

La part de Madeleine

Tableau Jésus Christ
Wonder Jésus par Artiste Mélusine

L’ombre versait au flanc des monts sa paix bénie,
Le chemin était bleu, le feuillage était noir,
Et les palmiers tremblaient d’amour au vent du soir.
L’enfant de Magdala, la fleur de Béthanie,

Gémissait dans la pourpre et l’azur des coussins.
Le grand épervier d’or des femmes étrangères
Agrafait sur son front les étoffes légères ;
La myrrhe tiédissait dans l’ombre de ses seins ;

Ses doigts, où les parfums des jeunes chevelures
Avaient laissé leur âme et s’exhalaient encor
Autour du scarabée et des talismans d’or,
Gardaient des souvenirs pareils à des brûlures.

Or elle haïssait ce corps qui lui fut cher ;
Tous les baisers reçus lui revenaient aux lèvres
Avec l’âcre saveur des dégoûts et des fièvres.
Madeleine était triste et souffrait dans sa chair ;

Et ses lèvres, ainsi qu’une grenade mûre,
Entr’ouvrant leur rubis sous la fraîcheur du ciel,
L’abeille des regrets y mit son âcre miel,
Et le vent qui passait recueillit ce murmure :

 » J’avais soif, et j’ai ceint mon front d’amour fleuri ;
J’ai pris la bonne part des choses de ce monde,
Et cependant, mon Dieu, ma tristesse est profonde,
Et voici que mon coeur est comme un puits tari !

 » Mon âme est comparable à la citerne vide
Sur qui le chamelier ne penche plus son front ;
Et l’amour des meilleurs d’entre ceux qui mourront
Est tombé goutte à goutte au fond du gouffre avide.

 » Je n’ai bu que la soif aux lèvres des amants :
Ils sont faits de limon, tous les fils de la mère ;
La fleur de leurs baisers laisse une cendre amère,
L’étreinte de leurs bras est un choc d’ossements.

 » Je brisais malgré moi l’argile de leur chaîne.
Seigneur ! Seigneur ! ce qui n’est plus ne fut jamais !
Leurs souvenirs étaient des morts que j’embaumais
Et qui n’exhalaient plus qu’à peine un peu de haine.

« Et je criais, voyant mon espoir achevé :
« Pleureuses, allumez l’encens devant ma porte,
« Apprêtez un drap d’or : la Madeleine est morte,
« Car étant la Chercheuse elle n’a pas trouvé ! » Continuer la lecture de « « La part de Madeleine » d'Anatole France »

« Clair de lune mystique » d'Éphraïm Mikhaël

Clair de lune mystique

Ce soir, an fond d’un ciel uniforme d’automne,
La lune est toute seule ainsi qu’un bâtiment
Perdu sur les déserts marins, et lentement
Vogue dans l’infini de la nuit monotone.

Ce n’est pas la clarté des monotones nuits
Brillantes d’or fluide et de brume opaline ;
Mais le ciel gris est plein de tristesse câline
Ineffablement douce aux cœurs chargés d’ennuis. Continuer la lecture de « « Clair de lune mystique » d'Éphraïm Mikhaël »