Réponse de Claude Bectone à Bonaventure des Périers

Réponse à « Chanson » de Bonaventure des Périers

Si chose aimée est toujours belle,
Si la beauté est éternelle,
Dont le désir n’est à blâmer,
On ne saurait que bien aimer.

Si le coeur humain qui désire
En choisissant n’a l’œil au pire,
Quand le meilleur sait estimer,
On ne saurait que bien aimer.

Si l’estimer naît de prudence,
Laquelle connaît l’indigence,
Qui fait l’amour plaindre et pâmer,
On ne saurait que bien aimer.

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« Chanson » de Bonaventure Des Périers

Chanson

 À Claude Bectone, Dauphinoise.

Si Amour n’était tant volage
Ou qu’on le pût voir en tel âge
Qu’il sût les labeurs estimer,
On pourrait bien sans mal aimer.

Si Amour avait connaissance
De son invincible puissance,
Laquelle il oit tant réclamer,
On pourrait bien sans mal aimer.

Si Amour découvrait sa vue
Aussi bien qu’il fait sa chair nue,
Quand contre tous se veut armer,
On pourrait bien sans mal aimer.

Si Amour ne portait les flèches
Dont aux yeux il fait maintes brèches
Pour enfin les coeurs consommer,
On pourrait bien sans mal aimer.

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« Tant ai amors servies longuement » de Thibault de Champagne

Tant ai amors servies longuement

  1. BoudoirTant ai amours servies longuement
    Que des or mais ne m’en doit nus reprandre
    Se je m’en part. Or a Dieu les conmant,
    C’on ne doit pas touz jours folie enprandre;
    Et sil est fos qui ne s’i set deffendre,
    Ne n’i connoist son mal ne son tourment.
    On me tendroit des or mes pour enfant,
    Que chascuns tans doit sa saison atendre.
  2. Je ne sui si con cil autre gent
    Qui ont amé, puis n’i veulent entendre
    Et dient mal, par vilain maltalent.
    Mais nus ne doit seignour service rendre,
    Encontre lui mesdire ne mesprandre;
    Et s’il s’en part, parte s’en bonement.
    Endroit de moi veil je que tout amant
    Aient gent, quant je plus n’i puis prandre.

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« Chanson de l'Alouette » de Bernart de Ventadour

Chanson de l’Alouette

Quand vois l’alouette mouvoir
De joie ses ailes face au soleil,
Que s’oublie et se laisse choir
Par la douceur qu’au cœur lui va,
Las! si grand envie me vient
De tous ceux dont je vois la joie,
Et c’est merveille qu’à l’instant
Le cœur de désir ne me fonde.

Hélas ! tant en croyais savoir
En amour, et si peu en sais.
Car j’aime sans y rien pouvoir
Celle dont jamais rien n’aurai.
Elle a tout mon cœur, et m’a tout,
Et moi-même, et le monde entier,
Et ces vols ne m’ont rien laissé
Que désir et cœur assoiffé.

Or ne sais plus me gouverner
Et ne puis plus m’appartenir
Car ne me laisse en ses yeux voir
En ce miroir qui tant me plaît.
Miroir, pour m’être miré en toi,
Suis mort à force de soupirs,
Et perdu comme perdu s’est
Le beau Narcisse en la fontaine.

Des dames, je me désespère;
Jamais plus ne m’y fierai,
Autant d’elles j’avais d’estime
Autant je les mépriserai.
Pas une ne vient me secourir
Près de celle qui me détruit,
Car bien sais que sont toutes ainsi.

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« Ja pour yver, pour noif ne pour gelee » de Gautier de Coinci

Ja pour yver, pour noif ne pour gelee /
Peu m’importe l’hiver, la neige et la gelée

  1. Ja pour yver, pour noif ne pour gelee
    N’iere esbaubis, pereceus, mus ne mas
    Que je ne chant de la dame honouree
    Qui Jhesu Crist porta entre ses bras.
    Chascun an fas de la virge sacree
    Un son nouvel, dont tout l’an me solas.
    Dire puet bien qui a s’amor bien bee :
    Vous ne sentez mie
    Les dous maus d’amer
    Aussi com je fas.
  2. Ne devroit pas amors estre apelee
    L’amors de coy li cors a les degras.
    Quant l’ame en est sanz finement dampnee,
    N’est pas amors, ainz est guille et baras.
    Por ce pourchas l’amor bone eüree
    Dont l’ame atent a toz jors les solas :
    Si faite amors m’atalente et agree.
    Vous ne sentez mie
    Les dous maus d’amer
    Aussi com je fas.
  3. Vous qui amez la grant rose espanie
    Ou Sainz Espirs se reposa et jut,
    Vos en arez la pardurable vie
    Mais que vos cuers ne se varit et mut.
    Vos qui par truc amez et par boisdie,
    Sachiez qu’a Dieu vostre amor flaire et put ;
    Dampnez serez par vostre lecerie.
    Pour Dieu, traez vos en la,
    Vos qui n’amez mie.
  4. Qui vieut avoir bien savoureuse amie,
    Aint de vrai cuer, ne ja ne s’en remut,
    Celi dont Diex parla par Ysaïe
    Qui de Jessé burjona, naist et crut,
    Get puer et rut amour de vilenie,
    De fole amor die adés « troupt ! » et « trut ! »
    Et puis aprés tout hardiement die :
    « Pour Dieu traez vos en la ;
    Vos qui n’amez mie. »
  5. Querons le grain, laissons aler la paille ;
    Laissons l’amer qui tout l’ame et l’avoir,
    S’amons celi de cuer et de coraille
    Sanz cui amor nus ne puet Dieu avoir.
    Cil fait savoir qui pour s’amor travaille.
    Nus ne l’aimme, ce sachiez bien de voir,
    Si tres petit que mil tans mieuz n’en vaille.
    Toutes les eures que je pens a li
    En cuit je mieux valoir,
    En doi je mieuz valoir.
  6. Dame cui Diex et touz li mondes prise,
    Mout volontiers vos lo, pris et renom.
    Pour vostre amor, qui m’esprent et atise,
    Pluseurs foiz ai fait maint dit et maint son.
    En guerredon requier a vo franchise
    De vostre amour autant com un suiron.
    Tant en vaut mieuz que touz li ors de Frise.
    Douce dame, car m’amez!
    Ja ne pris se vos non.
  7. Vostre amor a, dame, telle efficace
    Que nus n’en a si petite parçon
    Dou roi dou ciel n’ait l’amor et la grace.
    Pour ce servir et amer vos doit on.
    N’est, voir, nus hom cui li douz Diex tant hace
    N’en ait merci s’il vos sert de cuer bon.
    Nus ne vos sert qui bone fin ne face.
    Qui donrai je mes amors,
    Mere Dieu, s’a vos non?
  1. Peu m’importe l’hiver, la neige et la gelée :
    jamais je ne serai assez désemparé, paresseux, muet ou abattu,
    pour ne pouvoir célébrer par mon chant la dame vénérée,
    celle qui porta Jésus-Christ dans ses bras.
    Chaque année je compose, pour la Vierge bénie,
    un chant nouveau qui douze mois durant m’inonde de joie.
    Il peut bien dire, celui qui désire son amour:
    Vous ne sentez pas,
    comme moi,
    le doux mal d’amour.
  2. L’amour dont les plaisirs ne concerne que le corps
    ne devrait pas être appelé amour.
    Cet amour qui conduit l’âme à sa damnation
    n’est pas amour, mais mensonge et trahison.
    Voilà pourquoi je recherche l’amour bienheureux,
    dont l’âme espère à tout jamais les délices.
    Tel est l’amour qui m’attire et me comble.
    Vous ne sentez pas,
    comme moi,
    le doux mal d’amour.
  3. Vous qui aimez la splendeur de la rose épanouie
    où le Saint-Esprit trouva son lieu et son repos,
    vous connaîtrez la vie éternelle,
    si votre coeur ne change pas de lois.
    Mais vous qui aimez dans la ruse et la trahison,
    sachez que devant Dieu un tel amour n’est que puanteur,
    et que vous serez damnés pour prix de vos débauches.
    Par Dieu, éloignez-vous,
    vous qui n’aimez pas.
  4. Celui qui souhaite une amie exquise,
    qu’il aime d’un coeur sincère, à tout jamais fidèle,
    celle que Dieu nomma par la bouche d’Isaïe,
    le surgeon issu de l’arbre de Jessé,
    et qu’il rejette bien loin toutes les amours immondes ;
    les folles amours, qu’il leur dise: « Fi, dehors ! »
    et qu’animé de zèle, il s’écrie:
    « Par Dieu, éloignez-vous,
    vous qui n’aimez pas. »
  5. Cherchons le grain, laissons aller la paille ;
    rejetons l’amour qui ravit les biens de l’âme ;
    aimons de tout notre coeur, de toutes nos entrailles,
    celle sans l’amour de qui nous sommes privés de Dieu.
    Il est bien sage celui qui s’efforce de mériter son amour
    car sachez-le en vérité, nul ne l’aime,
    aussi misérable soit-il, sans valoir mille fois mieux.
    Toutes les fois que je pense à elle,
    je vaux mieux, je crois,
    je vaux mieux, c’est certain.
  6. Dame qui êtes de Dieu la dilection, et de tout l’univers,
    comme j’aime à célébrer vos louanges !
    L’amour de vous, qui m’éprend et me brûle,
    je l’ai souvent chanté dans des vers et des chansons.
    Comme récompense, comme preuve de votre générosité,
    je ne demande qu’une miette de votre amour :
    elle me sera plus bénéfique que tout l’or de la Frise.
    Douce dame, aimez-moi!
    Moi, je n’aime que vous.
  7. Votre amour, Dame, a tel pouvoir,
    que quiconque en obtient la moindre parcelle
    est sûr d’obtenir l’amour et la grâce du roi du ciel.
    Aussi doit-on vous servir et vous aimer.
    Nul, si détesté qu’il soit de Notre Doux Seigneur,
    n’est rejeté loin de lui s’il vous sert d’un coeur sincère,
    et nul ne vous sert qui ne fasse une bonne fin.
    A qui donc vouer mes amours,
    Mère de Dieu, sinon à vous ?

 Gautier de Coinci

 

Maitresse

« Le beau tétin » de Clément Marot

Jeune femme à forte poitrine : Stormy Daniels

Le Beau Tétin

Tétin refait, plus blanc qu’un œuf,

Tétin de satin blanc tout neuf,

Tétin qui fais honte à la Rose

Tétin plus beau que nulle chose

Tétin dur, non pas Tétin, voire,

Mais petite boule d’Ivoire,

Au milieu duquel est assise

Une Fraise, ou une Cerise

Que nul ne voit, ne touche aussi,

Mais je gage qu’il est ainsi:

Tétin donc au petit bout rouge,

Tétin qui jamais ne se bouge,

Soit pour venir, soit pour aller,

Soit pour courir, soit pour baller;

Tétin gauche, tétin mignon,

Toujours loin de son compagnon,

Tétin qui portes témoignage

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