« Le beau souleil, le jour saint Valentin » de Charles d'Orléans

Le beau souleil, le jour saint Valentin

Le beau souleil, le jour saint Valentin,
Qui apportoit sa chandelle alumee,
N’a pas longtemps entra un bien matin
Priveement en ma chambre fermee.
Celle clarté qu’il avoit apportee,
Si m’esveilla du somme de soussy
Ou j’avoye toute la nuit dormy
Sur le dur lit d’ennuieuse pensee.

Ce jour aussi, pour partir leur butin
Les biens d’Amours, faisoient assemblee
Tous les oyseaulx qui, parlans leur latin,
Crioyent fort, demandans la livree
Que Nature leur avoit ordonnee
C’estoit d’un per comme chascun choisy.
Si ne me peu rendormir, pour leur cry,
Sur le dur lit d’ennuieuse pensee.

Lors en moillant de larmes mon coessin
Je regrettay ma dure destinee,
Disant :  » Oyseaulx, je vous voy en chemin
De tout plaisir et joye desiree.
Chascun de vous a per qui lui agree,
Et point n’en ay, car Mort, qui m’a trahy,
A prins mon per dont en dueil je languy
Sur le dur lit d’ennuieuse pensee.  »

ENVOI

Saint Valentin choisissent ceste annee
Ceulx et celles de l’amoureux party.
Seul me tendray, de confort desgarny,
Sur le dur lit d’ennuieuse pensee.

Charles d’Orléans
« Ballades »

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« Soleil Rouge » par Marc DUPUY

« De soi-même » de Clément Marot

De soi-même

Plus ne suis ce que j’ai été,
Et ne le saurais jamais être.
Mon beau printemps et mon été
Ont fait le saut par la fenêtre.
Amour, tu as été mon maître,
Je t’ai servi sur tous les Dieux.
Ah si je pouvais deux fois naître,
Comme je te servirais mieux !

Clément Marot

De Soi-même
transcεndεntal dεgrεε assıgnatıon . .

« Ballade à s'Amie » de François Villon

Ballade à s’Amie

Fausse beauté qui tant me coûte cher,
Rude en effet, hypocrite douleur,
Amour dure plus que fer à mâcher,
Nommer que puis, de ma défaçon seur1,
Cherme félon, la mort d’un pauvre coeur,
Orgueil mussé qui gens met au mourir,
Yeux sans pitié, ne veut Droit de Rigueur,
Sans empirer, un pauvre secourir ?

Mieux m’eût valu avoir été sercher
Ailleurs secours, c’eût été mon honneur ;
Rien ne m’eût su hors de ce fait hâcher :
Trotter m’en faut en fuite et déshonneur.
Haro, haro, le grand et le mineur !
Et qu’est-ce ci ? Mourrai sans coup férir ?
Ou Pitié veut, selon cette teneur,
Sans empirer, un pauvre secourir ? Continuer la lecture de « « Ballade à s'Amie » de François Villon »

« Épigramme d'un Impuissant » de Théophile de Viau

Épigramme d’un Impuissant

Un gros abbé se laissait en sa couche
Tâter le vit aux mains d’une nonnain,
Mais son engin demeurait sous sa main
Sans se mouvoir tout ainsi qu’une souche ;
Cette nonnain qui n’avait point de trêve,
Voyant son vit demeurer ainsi plat,
Lui dit : Monsieur dites Magnificat,
Quand on le dit tout le monde se lève.

Théophile de Viau

Épigramme d'un impuissant
Bank of Mist Par Gilderic Photography

« Une Dame tançoit sa Servante… » de Jean Auvray

Dame
Dame met hoed par Par Roel Wijnants

Une Dame tançoit sa Servante, accusée
D’avoir faict en joüant ce qu’on fait de là l’eau :
– « Vien-çà, nomme-le moy, pauvre fille abusée,
Le meschant qui oza chez nous faire un Bordeau !

— C’est vostre Mareschal, Madame. — Ô la rusée !
Combien as-tu de fois remmanché son marteau ?
— Il me le fit six coups en fillant ma fusée
Et si vouloit encor lever mon devanteau.

– Six coups ! ce dit la Dame, en extase ravie,
Une femme d’honneur en seroit bien servie…
Fuy d’icy, ta presence attise mon courroux !

La laide ! la soüillon ! la petite impudente !
C’est bien à telle gueuse à le faire six coups !
Je m’y passerois bien, moy qui suis presidente ! »

Jean Auvrey

« À Claudine » de Jean-Antoine de Baïf

Jeune femme attablée

 À Claudine

Extrait

Claudine, vieille harangere,
Je veux bien au vif, te pourtrere,
Et tes beautés, avec tes fleurs,
Peindre de toutes leurs couleurs.
Tu as le corps comme un conchon ;
Tu as le nez comme une guenon ;
Les yeux comme uncrapaud, la joue
Comme un singe qui fait la moue ;
La bouche comme un cul de poule,
Et le monton comme une boule
(Si la poule était effondrée
Et la boule mal rabotée) ; Continuer la lecture de « « À Claudine » de Jean-Antoine de Baïf »