« La Forêt de Tristesse » de Jacques Milet

Tristesse de la forêt

La Forêt de Tristesse

C’est icy la forest d’ennuy,
Ou arbre nesung1 fruict ne porte
Et n’y peut vivre en paix nulluy,
Tout est layt et de fausse sorte.
Tout ainsi qu’elle se comporte,
Melancolie en est la dame,
Et n’est creature si forte
Qui contre elle droit y reclame.

Elle se tient icy bien pres
En ung chastel moult orgueilleux,
Et le voit on tantost après
Que l’on sault des pas2 perilleux :
Il a nom Melancolieux
Par son droit nom ainsi qu’on dit,
Et siet sur ung roch merveilleux
En pays desert et maudit
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Lettre VIII d’Abédiard à Héloïse

Lettre d’Abédiard à Héloïse

Lettre VIII

Envoi de la règle

J’ai déjà satisfait, dans la mesure du possible, à une partie de la requête que tu m’as adressée; il me faut maintenant, avec l’aide de Dieu, m’occuper de l’autre partie, pour répondre à ton attente comme à celle de tes filles spirituelles. Il me reste donc, pour suivre à la lettre votre demande, à rédiger et vous transmettre des statuts qui serviront de règle à votre vocation. Ainsi pourrez‑vous vous référer à un texte, plutôt que de vous en remettre à la coutume, quand vous chercherez à réglementer votre conduite. Continuer la lecture de « Lettre VIII d’Abédiard à Héloïse »

« Chanson de Croisade » de Conon de Béthune

Chanson de croisade

IV

Chanson
chanson Par stopmangohome

Hélas ! Amour, quelle dure séparation
Il me faudra souffrir de la meilleure
Qui fut jamais aimée et servie !
Que Dieu me ramène à elle par sa bonté
Aussi vraiment que je m’en éloigne avec douleur !
Las ! qu’ai-je dit ? Je ne m’en éloigne pas :
Si mon corps va servir Notre Seigneur,
Mon coeur tout entier reste en son pouvoir.

Pour lui je m’en vais soupirant en Syrie,
Car je ne dois pas faillir à mon Créateur :
Qui lui fera défaut dans ce besoin d’aide,
Sachez qu’il manquera dans un plus grand besoin.
Et sachent bien les grands et les petits
Qu’on doit là-bas faire acte de chevalerie,
Où l’on conquiert paradis et honneur
Et prix et gloire et l’amour de sa mie. Continuer la lecture de « « Chanson de Croisade » de Conon de Béthune »

Poème érotique de Tibors de Sarenom

Beau doux ami, je puis vous dire, et en toute sincérité
que jamais sans désir ne fus
depuis qu’il vous a plu d’être mon tendre amant ;
et que pas une fois non plus,
beau doux ami,
n’a cédé mon besoin sans cesse de vous voir…
que jamais je n’en fus à éprouver regret…
que jamais il n’advint – me quittant irrité –
que j’aie goûté de joie avant votre retour…

Tibors de Sarenom

« Les femmes troubadours »

« CANTICUS TROILI » par Geoffrey Chaucer

Canticus Troili

Marie-Madeleine
La grosse Dondon Par Romain [ apictureourselves.org ]
Si l’amour n’existe pas, O Dieu, alors qu’est-ce que je ressens?
Et si l’amour existe, quelle chose est-il, qui n’est pas le néant?
Si
Et si j’y consens, elle est à ma charge
Ma plainte, vraiment: Ainsi ballotté de long en large
Sans gouvernail _dans un bateau je suis;
Au milieu de la mer, deux risées essuie,
Qui toujours l’une contre l’autre, soufflent batailleuses.
Hélas! Quelle est cette maladie merveilleuse?
De la chaleur du froid, de la froidure du chaud, mourant je suis.. Continuer la lecture de « « CANTICUS TROILI » par Geoffrey Chaucer »

« Quand tu me vois baiser tes bras » de Théophile de Viau

Quand tu me vois baiser tes bras

Stances

Quand tu me vois baiser tes bras,
Que tu poses nus sur tes draps,
Bien plus blancs que le linge même,
Quand tu sens ma brûlante main
Se pourmener dessus ton sein,
Tu sens bien, Cloris, que je t’aime.

Comme un dévot devers les cieux,
Mes yeux tournés devers tes yeux,
A genoux auprès de ta couche,
Pressé de mille ardents désirs,
Je laisse sans ouvrir ma bouche,
Avec toi dormir mes plaisirs. Continuer la lecture de « « Quand tu me vois baiser tes bras » de Théophile de Viau »

Poème de Béatrice de Die

Il me faut chanter ici ce que je ne voudrais point chanter
Car j’ai fort à me plaindre de celui dont je suis l’amie
Je l’aime plus que tout au monde
Mais rien ne trouve grâce auprès de lui
Ni Merci, ni Courtoisie, ni ma beauté, ni mon esprit,
Je suis trompée et trahie comme je devrais l’être
Si je n’avais pas le moindre charme.

Une chose me console : jamais, je n’eus de torts
Envers vous, ami. Je vous aime, au contraire
Plus que Seguin n’aima Valence
Et il me plait fort de vous vaincre en amour,
Ami, car vous êtes le plus vaillant de tous.
Mais vous me traitez avec orgueil en paroles et en actes,
Alors que vous êtes si aimable envers d’autres. Continuer la lecture de « Poème de Béatrice de Die »