« Ariane » de Marie Krysinska

À Jean Moréas.

Trêve aux plaintes, assez de sanglots;
Ce triste cœur est dévasté de larmes;
Et devenu pareil à un champ de combat,
Où la trahison de l’amant –
Sous son glaive aux éclairs meurtriers –
Coucha toutes les jeunes et puissantes joies
Mortes, baignées dans leur sang.
Et parmi tes roches plus clémentes
Que l’âme criminelle de Thésée,
Sur ton sol muet, ô farouche Naxos!
Ariane s’endort;
Tandis que sur la mer complice,
A l’horizon s’effacent
Les voiles blanches des trirèmes.
Elle dort. Les mélancoliques roses
Nées sous les pleurs,
Font albatréen son beau visage.
Et sur ses bras nus, aux joyaux barbares,
Frémissent les papillons d’ombre saphirine,
Que projettent les sapins
Dans le soir tombant. –
Le ciel a revêtu ses plus riches armures
D’or et de bronze.

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« Valse » de Marie Krysinska

Valse

[singlepic id=103 w=320 h=240 mode=web20 float=right]Ah! pourquoi de vos yeux
Tant appeler mes yeux,
Et pourquoi d’une folle étreinte me dire
Que tout est puéril
Hors élan de nos cœurs
Éperdus l’un vers l’autre.
Ces lampes claires et ces girandoles
Dévoileraient mon trouble sans doute,
Si je laissais vos yeux
Tant parler à mes yeux.
Vois l’enchantement de cette nuit complice
Et ces roses
Amoureuses
Aux corsages des Amoureuses.
Respirons les arômes charmants
Qui montent de ces fleurs,
Parées comme des femmes,
Et des ces femmes parées
Comme des fleurs.
Enivrons-nous du doux vin
Cher à Cythérée,
Tandis que les violons
Traînent des notes pâmées
Et que les violoncelles sont
Des voix humaines extasiées.
Ne fuyez pas, chers yeux, tes yeux
Abandonnez-vous vaincus et vainqueurs,
Abandonnez-vous, tes yeux à mes yeux.

Marie Krysinska

Rythmes pittoresques

« Ève » de Marie Krysinska

preliminaires...

Ève

À Maurice Isabey.

Seins
erotic nature Par In All Your Glory

Ève au corps ingénu lasse de jeux charmants
Avec les biches rivales et les doux léopards
Goûte à présent le repos extatique,
Sur la riche brocatelle des mousses.
Autour d’elle, le silence de midi
Exalte la pamoison odorante des calices,
Et le jeune soleil baise les feuillées neuves.
Tout est miraculeux dans ce Jardin de Joie:
Les branchages s’étoilent de fruits symboliques
Rouges comme des cœurs et blancs comme des âmes;
Les Roses d’Amour encore inécloses
Dorment au beau Rosier;
Les Lys premiers nés
Balancent leurs fervents encensoirs
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