« Lesbos » par Cyr

Lesbos

Deux Femmes
de Boullogne, Deux jeunes femmes endormies, etude pour le Repos de Diane avec ses compagnons au retour de chasse Par franta4

Dans une étroite rue
fraîche, rose et pentue
j’ai surpris au travers de persiennes
un joli couple de lesbiennes.

C’est dans un atelier de peintre
que les jeunes femmes dans leur étreinte
se brossaient en quinconce le portrait
sans se douter qu’on les épiait.

Sans y être invité du tout
je m’approche à pas de loup
l’oeil grand ouvert comme un oracle
pour ne rien louper du spectacle. Continuer la lecture de « « Lesbos » par Cyr »

« Locusta » par Renée Vivien

Locusta

Place Renée Vivien
Paris Murs peints Place Renée Vivien Par fredpanassac

Nul n’a mêlé ses pleurs au souffle de ma bouche,
Nul sanglot n’a troublé l’ivresse de ma couche,
J’épargne à mes amants les rancoeurs de l’amour.

J’écarte de leur front la brûlure du jour,
J’éloigne le matin de leurs paupières closes,
Ils ne contemplent pas l’accablement des roses.

Seule je sais donner des nuits sans lendemains.

Je sais les strophes d’or sur le mode saphique,
J’enivre de regards pervers et de musique
La langueur qui sommeille à l’ombre de mes mains. Continuer la lecture de « « Locusta » par Renée Vivien »

« Je t'aime d'être faible… » de Renée Vivien

Jeune Femme Style Boudoir

Je t’aime d’être faible…

Boudoir
Boudoir, Mon Cheri Par Christine ™

Je t’aime d’être faible et câline en mes bras
Et de chercher le sûr refuge de mes bras
Ainsi qu’un berceau tiède où tu reposeras.

Je t’aime d’être rousse et pareille à l’automne,
Frêle image de la Déesse de l’automne
Que le soleil couchant illumine et couronne. Continuer la lecture de « « Je t'aime d'être faible… » de Renée Vivien »

« FURIEUSEMENT » de Lucie Delarue-Mardrus

FURIEUSEMENT

Je veux te prendre, toi que je tiens haletante
Contre mes seins, les yeux de noirs de consentement ;
Je veux te posséder comme un amant,
Je veux te prendre jusqu’au cœur !…Je veux te prendre !…

Ah ! rouler ma nudité sur ta nudité,
Te fixer, te dévorer les yeux jusqu’à l’âme,
Te vouloir, te vouloir !… Et n’être qu’une femme
Sur le bord défendu de la félicité !…

Et m’assouvir d’une possession ingrate
Qui voudrait te combler, t’atteindre, t’éventrer,
Et qui n’est rien qu’un geste vain d’ongle fardé
Fouillant de loin ta chair profonde et délicate !…

Lucie Delarue-Mardrus

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Kiss In (11) – 26Sep09, Paris (France) Par philippe leroyer

« Nocturne » de Renée Vivien

Nocturne

J’adore la langueur de ta lèvre charnelle
Où persiste le pli des baisers d’autrefois.
Ta démarche ensorcelle,
Et ton impitoyable et perverse prunelle
A pris au ciel du nord ses bleus traîtres et froids.

Tes cheveux, répandus ainsi qu’une fumée,
Légers et vaporeux, presque immatériel,
Semblent, ô Bien-Aimée,
Recéler les rayons d’une lune embrumée,
D’une lune d’hiver dans le cristal des ciels.

Le soir voluptueux a des moiteurs d’alcôve :
Les astres sont pareils aux regards sensuels
Dans l’éther d’un gris mauve,
Et je vois s’allonger, inquiétant et fauve,
Le lumineux reflet de tes ongles cruels.Sous ta robe, qui glisse en un frôlement d’aile,
Je devine ton corps, — les lys ardents des seins,
L’or blême de l’aisselle,
Les flancs doux et fleuris, les jambes d’immortelle,
Le velouté du ventre et la rondeur des reins.La terre s’alanguit, énervée, et la brise,
Chaude encore des lits lointains, vient assouplir
La mer lasse et soumise…
Voici la nuit d’amour depuis longtemps promise…
Dans l’ombre je te vois divinement pâlir.

Renée Vivien
« Études et Préludes »

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Paris Brûle-t-il, par Marc DUPUY

« Intimités » de Pierre Louÿs

Intimités

Pourquoi je suis devenue lesbienne, ô, tu le demandes ? mais quelle joueuse de flûte ne l’est pas un peu ? Je suis pauvre ; je n’ai pas de lit ; je couche chez celle qui veut de moi et je la remercie avec ce que j’ai.

Toutes petites nous dansons déjà nues ; quelles danses, tu le sais, ma chérie : les douze désirs d’Aphrodite. Nous nous regardons les unes les autres, nous comparons nos nudités, et nous les trouvons si jolies.

Pendant la longue nuit nous nous sommes échauffées pour le plaisir des spectateurs ; mais notre ardeur n’est pas feinte et nous la sentons si bien que parfois, derrière les portes, l’une de nous entraîne sa voisine qui consent.

Comment donc aimerions-nous l’homme, qui est grossier avec nous ? Il nous saisit comme des filles et nous laisse avant la joie. Toi, tu es femme, tu sais ce que je sens. Tu t’y prends comme pour toi-même.

Pierre Louÿs

Intimités
La tentation d'Adam...