« Ô toi, que mon amour profond… » de Jules Verne

Ô toi, que mon amour profond…

A Herminie.

[singlepic id=95 w=320 h=240 mode=web20 float=right]Ô toi, que mon amour profond et sans mélange
Formé de ton image et de ton souvenir,
Avait su distinguer en l’auguste phalange
Des jeunes beautés dont nous faisons notre ange
Pour nous guider dans l’avenir,

Toi que tout rappelait à mon âme inquiète,
Et dont l’âme sans cesse assise auprès de moi,
Me dérobait du temps, qu’à présent je regrette,
Le cours lent à mes vœux, quand la bouche muette,
Je ne pouvais penser qu’à toi,

Qu’as-tu fait – loin de moi, tu fuis, et ton sourire
Vers moi se tourne encor, adorable et moqueur,
Tu sais ce que toujours, tout-puissant, il m’inspire,
Tu l’adresses, hélas ! il me paraît me dire :
Je te quitte de gaîté de cœur !

Tu me railles, méchante, ah ! de ta moquerie,
Si tu voyais combien l’aiguillon me fait mal,
Ce qu’à l’âme, il me met de douleur, de furie !
D’amour ! tu cesserais ta vile fourberie !…
Mais non ! – cela t’est bien égal !

C’est trop te demander – pars, fuis où bon te semble ;
Ailleurs, va-t’en verser la joie et le plaisir ;
Cherche un autre amant ; Dieu fasse qu’il me ressemble !…
Nous pouvions dans l’amour vivre longtemps ensemble…
Seul, dans l’ennui, je vais mourir !

Jules Verne

Crédit Photo : Heart par Par seyed mostafa zamani

« La fille de l'air » de Jules Verne

La fille de l’air

À Herminie.

La Fille de l'air
La Chine en mouvement : chemin champêtre Par bertrand môgendre

Je suis blonde et charmante,
Ailée et transparente,
Sylphe, follet léger, je suis fille de l’air,
Que puis-je avoir à craindre ?
Une nuit de m’éteindre ?
Qu’importe de mourir comme meurt un éclair !

Je vole sur la nue ;
Aux mortels inconnue,
Je dispute en riant la vitesse aux zéphirs !
Il n’est point de tempête
Qui pende sur ma tête ;
Je plane, et n’entends plus des trop lointains soupirs.

Je vais où va l’aurore ;
On me retrouve encore
Aux mers où tout en feu se plonge le soleil !
Quand son tour le ramène,
Prompte, sans perdre haleine,
je le joins, et c’est moi qu’on salue au réveil.

Qui suis-je ? où suis-je ? où vais-je ?
N’ayant pour tout cortège
Que les oiseaux de l’air, les étoiles aux cieux ?
Je ne sais ; mais tranquille,
Aux pensers indocile,
Je m’envole au zénith, au fronton radieux !

Parfois je suis contrainte ;
Mais c’est la molle étreinte
De l’amour qui me berce en ses vives ardeurs !
J’en connais tous les charmes ;
J’en ignore les larmes,
Et toujours en riant, je vais de fleurs en fleurs Continuer la lecture de « « La fille de l'air » de Jules Verne »