Poème d'amour de Jean Orizet

Je te l'ai dit Sylvie
Sensation, par artofdreaming sur Flickr

J’ai sculpté un corps de femme
offert à toutes les aires du vent,
Celui qui dessine la rose des boussoles.
Navigations aventureuses,
le visage, les seins, le ventre de cette femme
sont la géographie imprécise mais belle
Que lisent, sur les portulans,
mes désirs encore à naître.

Jean Orizet
« La Peau du Monde »

« L'Amour » de Paul Éluard et d'André Breton

L’Amour

Extrait

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Lorsque la femme est sur le dos et que l’homme est couché sur elle, c’est la cédille.

Lorsque l’homme est sur le dos et que sa maîtresse est couchée sur lui, c’est le c.

Lorsque l’homme et sa maîtresse sont couchés sur le flanc et s’observent, c’est le pare-brise.

Lorsque l’homme et la femme sont couchés sur le flanc, seul le dos de la femme se laissant observer, c’est la Mare-au-Diable.

Lorsque l’homme et sa maîtresse sont couchés sur le flanc, s’observant, et qu’elle enlace de ses jambes les jambes de l’homme, la fenêtre grande ouverte, c’est l’oasis.

Lorsque l’homme et la femme sont couchés sur le dos et qu’une jambe de la femme est en travers du ventre de l’homme, c’est le miroir brisé.

Lorsque l’homme est couché sur sa maîtresse qui l’enlace de ses jambes, c’est la vigne-vierge.

Lorsque l’homme et la femme sont sur le dos, la femme sur l’homme et tête-bêche, les jambes de la femme glissées sous les bras de l’homme, c’est le sifflet du train.

Lorsque la femme est assise, les jambes étendues sur l’homme couché lui faisant face, et qu’elle prend appui sur les mains, c’est la lecture.

Lorsque la femme est assise, les genoux pliés, sur l’homme couché, lui faisant face, le buste renversé ou non, c’est l’éventail.

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« À la découverte de la femme » par Alfred Jarry

À la découverte de la femme

Une forme nue et qui tend les bras,
Qui désire et qui dit : Est-ce possible ?
Yeux illuminés de joie indicible,
— Qui peut, diamants, nombrer vos carats !

Bras si las quand les étreintes les rompent.
Chair d’un autre corps pliée à mon gré,
Et grands yeux si francs, surtout quand ils trompent,
— Salez moins vos pleurs, car je les boirai.

Au frisson debout elle est, endormie,
Un cher oreiller en qui bat un cœur ;
Mais rien n’est plus doux que sa bouche amie,
Que sa bouche amie, et c’est le meilleur.

Nos bouches, formez une seule alcôve,
Comme on unit deux cages par leurs bouts
Pour célébrer un mariage fauve
Où nos langues sont l’épouse et l’époux.

Tel Adam qu’animé une double haleine
A son réveil trouve Ève à son côté,
Mes sommeils enfuis, je découvre Hélène,
Vieux mais éternel nom de la beauté.
Au fond des temps par un cor chevroté :

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« Lendemain » de Charles Cros

Lendemain

Lendemain de Charles Cros
9. Des lendemains qui chantent Par Josean Prado

Avec les fleurs, avec les femmes,
Avec l’absinthe, avec le feu,
On peut se divertir un peu,
Jouer son rôle en quelque drame.

L’absinthe bue un soir d’hiver
Éclaire en vert l’âme enfumée,
Et les fleurs, sur la bien-aimée
Embaument devant le feu clair.

Puis les baisers perdent leurs charmes,
Ayant duré quelques saisons.
Les réciproques trahisons
Font qu’on se quitte un jour, sans larmes.

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« Je t'aime » de Paul Éluard

All I need is Love

Je t’aime

Je t’aime pour toutes les femmes que je n’ai pas connues
Je t’aime pour tous les temps où je n’ai pas vécu
Pour l’odeur du grand large et l’odeur du pain chaud
Pour la neige qui fond pour les premières fleurs
Pour les animaux purs que l’homme n’effraie pas
Je t’aime pour aimer
Je t’aime pour toutes les femmes que je n’aime pas

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« Ode à Cassandre » de Pierre de Ronsard

Ode à Cassandre

En vous donnant ce pourtraict mien
Dame, je ne vous donne rien
Car tout le bien qui estoit nostre
Amour dès le jour le fit vostre
Que vous me fistes prisonnier,
Mais tout ainsi qu’un jardinier
Envoye des presens au maistre
De son jardin loüé, pour estre
Toujours la grace desservant
De l’heritier, qu’il va servant
Ainsi tous mes presens j’adresse
A vous Cassandre ma maistresse,
Corne à mon tout, et maintenant
Mon portrait je vous vois donnant :
Car la chose est bien raisonnable
Que la peinture ressemblable,
Au cors qui languist en souci
Pour vostre amour, soit vostre aussi.
Mais voyez come elle me semble
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« Les Femmes sont sur la Terre » – Victor Hugo

Doux rêve

Les femmes sont sur la terre

Pour tout idéaliser ;
L’univers est un mystère
Que commente leur baiser.

C’est l’amour qui, pour ceinture,
A l’onde et le firmament,
Et dont toute la nature,
N’est, au fond, que l’ornement.

Tout ce qui brille, offre à l’âme
Son parfum ou sa couleur ;
Si Dieu n’avait fait la femme,
Il n’aurait pas fait la fleur.

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