Vers le Cloître par Émile Verhaeren

Abbaye du Mont Saint Michel, le cloître.

Vers le cloître

Émile Verhaeren

Je rêve une existence en un cloître de fer,
Brûlée au jeûne et sèche et râpée aux cilices,
Où l’on abolirait, en de muets supplices,
Par seule ardeur de l’âme, enfin, toute la chair.

Sauvage horreur de soi si mornement sentie !
Quand notre corps nous boude et que nos nerfs, la nuit,
Jettent sur nos vouloirs leur cagoule d’ennui,
Ou brusquement nous arrachent à l’inertie.

Dites, ces pleurs, ces cris et cette peur du soir !
Dites, ces plombs de maladie en tous les membres,
Et la lourde torpeur des morbides novembres,
Et le dégoût de se toucher et de se voir ?

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« Moine Simple » par Émile VERHAEREN

Moines

Moine simple

Ce convers recueilli sous la soutane bise
Cachait l’amour naïf d’un saint François d’Assise.

Tendre, dévotieux, doux, fraternel, fervent,
II était jardinier des fleurs dans le couvent.

Il les aimait, le simple, avec toute son âme,
Et ses doigts se chauffaient à leurs feuilles de flamme.

Elles lui parfumaient la vie et le sommeil,
Et pour elles, c’était qu’il aimait le soleil

Et le firmament pur et les nuits diaphanes,
Où les étoiles d’or suspendent leurs lianes.

Tout enfant, il pleurait aux légendes d’antan
Où sont tués dés lys sous les pieds de Satan,

Où dans un infini vague, fait d’apparences,
Passent des séraphins parmi des transparences. Continuer la lecture de « « Moine Simple » par Émile VERHAEREN »

« Fin d’année » par Émile Verhaeren

Tristesse de la forêt

Fin d’année

Sous des cieux faits de filasse et de suie,
D’où choit morne et longue la pluie,
Voici pourrir
Au vent tenace et monotone,
Les ors d’automne ;
Voici les ors et les pourpres mourir.

O vous qui frémissiez, doucement volontaires,
Là-haut, contre le ciel, tout au long du chemin,
Tristes feuilles comme des mains,
Vous gisez, noires, sur la terre. Continuer la lecture de « « Fin d’année » par Émile Verhaeren »

« Le soir tombe, la lune est d'or » par Émile Verhaeren

Le soir tombe, la lune est d’or

Lune
Origins par ♥ Lolaa ♥

Le soir tombe, la lune est d’or.

Avant la fin de la journée
Va-t’en gaîment jusqu’au jardin
Cueillir avec tes douces mains
Les quelques fleurs qui n’y sont point encor
Tristement, vers la terre, inclinées.

Que le feuillage soit déjà blême, qu’importe
Je les admire et tu les aimes,
Et leurs corolles sont quand même
Belles, sur les tiges qui les portent. Continuer la lecture de « « Le soir tombe, la lune est d'or » par Émile Verhaeren »

« Cantiques » par Émile Verhaeren

Cantiques

I

Cantique des Cantiques
« Cantique des Cantiques » par Paul Landowski Par couscouschocolat

Je voudrais posséder pour dire tes splendeurs,
Le plain-chant triomphal des vagues sur les sables,
Ou les poumons géants des vents intarissables ;

Je voudrais dominer les lourds échos grondeurs,
Qui jettent, dans la nuit des paroles étranges,
Pour les faire crier et clamer tes louanges ;

Je voudrais que la mer tout entière chantât,
Et comme un poids le monde élevât sa marée,
Pour te dire superbe et te dresser sacrée ;

Je voudrais que ton nom dans le ciel éclatât,
Comme un feu voyageur et roulât, d’astre en astre,
Avec des bruits d’orage et des heurts de désastre. Continuer la lecture de « « Cantiques » par Émile Verhaeren »