« Élégie » (1) de Jean Bertaut

Élégie

Comme alors que le jour c’est caché sous la terre,
Le soucy plus ouvert se referme et reserre,
Dedaigneux de laisser regarder à son oeil
D’autres flammes au Ciel que celles du Soleil :
Ainsi quand les malheurs qui traversent ma vie
M’ont de vostre bel oeil la presence ravie,
Le mien se fermeroit, dolent de ne voir rien
Qui ne semble exprimer la perte de son bien :
Et dédaigneux de suivre, en l’ombre où je chemine,
Une lumiere humaine apres une divine,
Fuiroit en quelque lieu de clarté dépourveu,
Cherchant de ne rien voir, et de n’estre point veu;
Si le poignant regret que me cause ma perte,
Ne tenoit ma paupiere incessamment ouverte
Aux pleurs dont le ruisseau coule sans s’estancher
De mon coeur misérable, ainsi que d’un rocher. Continuer la lecture de « « Élégie » (1) de Jean Bertaut »

« Élégie Quatorzième » – Francis Jammes

Élégie Quatorzième

Élégie
Philippe Parrot (French, 1831-1894), « Elégie » Par sofi01

Mon amour, disais-tu. — Mon amour, répondais-je.
— Il neige, disais-tu. — Je répondais : Il neige.

— Encore, disais-tu. — Encore, répondais-je.
— Comme ça, disais-tu. — Comme ça, te disais-je.

Plus tard, tu dis : Je t’aime. Et moi : Moi, plus encore…
— Le bel Été finit, me dis-tu. — C’est l’Automne,

répondis-je. Et nos mots n’étaient plus si pareils.
Un jour enfin tu dis : Ô ami, que je t’aime…

(C’était par un déclin pompeux du vaste Automne.)
Et je te répondis : Répète-moi… encore…

Francis Jammes
« Choix de poèmes »