« Ah ! vous voulez la lune » de Victor Hugo

Lune

Ah ! vous voulez la lune ?

Ah ! vous voulez la lune ? Où ? dans le fond du puits ?
Non ; dans le ciel. Eh bien, essayons. Je ne puis.
Et c’est ainsi toujours. Chers petits, il vous passe
Par l’esprit de vouloir la lune, et dans l’espace
J’étends mes mains, tâchant de prendre au vol Phoebé.
L’adorable hasard d’être aïeul est tombé
Sur ma tête, et m’a fait une douce fêlure. Continuer la lecture de « « Ah ! vous voulez la lune » de Victor Hugo »

« Billet du matin » de Victor Hugo

Billet du matin

Matin brumeux, gelée blanche / Misty frosty morning par Olivier Bacquet
Matin brumeux, gelée blanche / Misty frosty morning par Olivier Bacquet

Si les liens des cœurs ne sont pas des mensonges,
Oh! dites, vous devez avoir eu de doux songes,
Je n’ai fait que rêver de vous toute la nuit.
Et nous nous aimions tant! vous me disiez: «Tout fuit,
Tout s’éteint, tout s’en va; ta seule image reste.»
Nous devions être morts dans ce rêve céleste;
Il semblait que c’était déjà le paradis. Continuer la lecture de « « Billet du matin » de Victor Hugo »

« Âme ! être, c'est aimer… » de Victor Hugo

Âme ! être, c’est aimer…

Âme ! être, c’est aimer.

Il est.

Phyllis
Phyllis Par viralbus

C’est l’être extrême.
Dieu, c’est le jour sans borne et sans fin qui dit : j’aime.
Lui, l’incommensurable, il n’a point de compas ;
Il ne se venge pas, il ne pardonne pas ;
Son baiser éternel ignore la morsure ;
Et quand on dit : justice, on suppose mesure. Continuer la lecture de « « Âme ! être, c'est aimer… » de Victor Hugo »

« Dolor » de Victor Hugo

« Dolor »

Douleur
L’éventail aux portraits. par Lucie Otto-Bruc

Création ! figure en deuil ! Isis austère !
Peut-être l’homme est-il son trouble et son mystère ?
Peut-être qu’elle nous craint tous,
Et qu’à l’heure où, ployés sous notre loi mortelle,
Hagards et stupéfaits, nous tremblons devant elle,
Elle frissonne devant nous !

Ne riez point. Souffrez gravement. Soyons dignes,
Corbeaux, hiboux, vautours, de redevenir cygnes !
Courbons-nous sous l’obscure loi.
Ne jetons pas le doute aux flots comme une sonde.
Marchons sans savoir où, parlons sans qu’on réponde,
Et pleurons sans savoir pourquoi.

Homme, n’exige pas qu’on rompe le silence ;
Dis-toi : Je suis puni. Baisse la tête et pense.
C’est assez de ce que tu vois.
Une parole peut sortir du puits farouche ;
Ne la demande pas. Si l’abîme est la bouche,
Ô Dieu, qu’est-ce donc que la voix ? Continuer la lecture de « « Dolor » de Victor Hugo »

« Dieu, qu'il la fait bon regarder » de Charles d'Orléans

Dieu, qu’il la fait bon regarder

Dieu, qu’il la fait bon regarder,
La gracieuse, bonne et belle !
Pour les grans biens qui sont en elle,
Chascun est prest de la louer.

Qui se pourroit d’elle lasser ?
Tousjours sa beauté renouvelle,
Dieu, qu’il la fait bon regarder,
La gracieuse, bonne et belle !

Par deça ne dela la mer
Ne sçay dame ne damoiselle
Qui soit en tous biens parfais telle ;
C’est un songe que d’y penser.
Dieu, qu’il la fait bon regarder !

Charles d’Orléans
Il y a
« Portrait », by André SC

« Béguinage flamand » de Georges Rodenbach

Béguinage flamand

I

Au loin, le béguinage avec ses clochers noirs,
Avec son rouge enclos, ses toits d’ardoises bleues
Reflétant tout le ciel comme de grands miroirs,
S’étend dans la verdure et la paix des banlieues.

Les pignons dentelés étagent leurs gradins
Par où montent le Rêve aux lointains qui brunissent,
Et des branches parfois, sur les murs des jardins,
Ont le geste très doux des prêtres qui bénissent.

En fines lettres d’or chaque nom des couvents
Sur les portes s’enroule autour des banderoles,
Noms charmants chuchotés par la lèvre des vents ;
La maison de l’Amour, la maison des Corolles,

Les fenêtres surtout sont comme des autels
Où fleurissent toujours des géraniums roses,
Qui mettent, combinant leurs couleurs de pastels,
Comme un rêve de fleurs dans les fenêtres closes.

Fenêtres des couvents ! attirantes le soir
Avec leurs rideaux blancs, voiles de mariées,
Qu’on voudrait soulever dans un bruit d’encensoir
Pour goûter vos baisers, lèvres appariées !

Mais ces femmes sont là, le coeur pacifié,
La chair morte, cousant dans l’exil de leurs chambres ;
Elles n’aiment que toi, pâle crucifié,
Et regardent le Ciel par les trous de tes membres !

Oh ! le silence heureux de l’ouvroir aux grands murs,
Où l’on entend à peine un bruit de banc qui bouge,
Tandis qu’elles sont là, suivant de leurs yeux purs
Le sable en ruisseaux blonds sur le pavement rouge.

Oh ! le bonheur muet des vierges s’assemblant,
Et comme si leurs mains étaient de candeur telle
Qu’elles ne peuvent plus manier que du blanc,
Elles brodent du linge ou font de la dentelle.

C’est un charme imprévu de leur dire  » ma sœur  »
Et de voir la pâleur de leur teint diaphane
Avec un pointillé de taches de rousseur
Comme un camélia d’un blanc mat qui se fane.

Rien d’impur n’a flétri leurs flancs immaculés,
Car la source de vie est enfermée en elles
Comme un vin rare et doux dans des vases scellés
Qui veulent, pour s’ouvrir, des lèvres éternelles ! Continuer la lecture de « « Béguinage flamand » de Georges Rodenbach »

« L’amour et la mort » de Louise-Victorine Ackermann

Amour à mort

L’amour et la mort

À M. Louis de Ronchaud

I

Regardez-les passer, ces couples éphémères !
Dans les bras l’un de l’autre enlacés un moment,
Tous, avant de mêler à jamais leurs poussières,
Font le même serment :

Toujours ! Un mot hardi que les cieux qui vieillissent
Avec étonnement entendent prononcer,
Et qu’osent répéter des lèvres qui pâlissent
Et qui vont se glacer.

Vous qui vivez si peu, pourquoi cette promesse
Qu’un élan d’espérance arrache à votre coeur,
Vain défi qu’au néant vous jetez, dans l’ivresse
D’un instant de bonheur ?

Amants, autour de vous une voix inflexible
Crie à tout ce qui naît : « Aime et meurs ici-bas !  »
La mort est implacable et le ciel insensible ;
Vous n’échapperez pas.

Eh bien ! puisqu’il le faut, sans trouble et sans murmure,
Forts de ce même amour dont vous vous enivrez
Et perdus dans le sein de l’immense Nature,
Aimez donc, et mourez ! Continuer la lecture de « « L’amour et la mort » de Louise-Victorine Ackermann »

« Rondeau » de Guillaume Crétin

Rondeau

De tout mon cœur humblement te salue,
Pour la grandeur de ta haulte value,
Royne du ciel, de la terre et la mer,
Pardonne moy se j’oze au reclamer,
Ton sainct nom mettre en ma bouche polue,

Delaissant vie estrange et dissolue,
Vueil par pensee honneste et resolue
Te bien servir, et loyaulment aymer
De tout mon cueur.

Tu fuz comme es de Dieu si bien voulue,
Que pour sa mere et fille preesleue
Dame te feit des vertus renommer ;
Telle te doy en la terre nommer,
Et telle aussi seras escripte et leue
De tout mon cœur.

Guillaume Crétin

Setting on Rondeau
Setting on Rondeau