Vers le Cloître par Émile Verhaeren

Abbaye du Mont Saint Michel, le cloître.

Vers le cloître

Émile Verhaeren

Je rêve une existence en un cloître de fer,
Brûlée au jeûne et sèche et râpée aux cilices,
Où l’on abolirait, en de muets supplices,
Par seule ardeur de l’âme, enfin, toute la chair.

Sauvage horreur de soi si mornement sentie !
Quand notre corps nous boude et que nos nerfs, la nuit,
Jettent sur nos vouloirs leur cagoule d’ennui,
Ou brusquement nous arrachent à l’inertie.

Dites, ces pleurs, ces cris et cette peur du soir !
Dites, ces plombs de maladie en tous les membres,
Et la lourde torpeur des morbides novembres,
Et le dégoût de se toucher et de se voir ?

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« Le Désespoir » par Alphonse de Lamartine

Précilia

Le désespoir

Lorsque du Créateur la parole féconde,
Dans une heure fatale, eut enfanté le monde
Des germes du chaos,
De son oeuvre imparfaite il détourna sa face,
Et d’un pied dédaigneux le lançant dans l’espace,
Rentra dans son repos.

Va, dit-il, je te livre à ta propre misère ;
Trop indigne à mes yeux d’amour ou de colère,
Tu n’es rien devant moi.
Roule au gré du hasard dans les déserts du vide ;
Qu’à jamais loin de moi le destin soit ton guide,
Et le Malheur ton roi.

Il dit. Comme un vautour qui plonge sur sa proie,
Le Malheur, à ces mots, pousse, en signe de joie,
Un long gémissement ;
Et pressant l’univers dans sa serre cruelle,
Embrasse pour jamais de sa rage éternelle
L’éternel aliment.

Le mal dès lors régna dans son immense empire ;
Dès lors tout ce qui pense et tout ce qui respire
Commença de souffrir ;
Et la terre, et le ciel, et l’âme, et la matière,
Tout gémit : et la voix de la nature entière
Ne fut qu’un long soupir.

Levez donc vos regards vers les célestes plaines,
Cherchez Dieu dans son oeuvre, invoquez dans vos peines
Ce grand consolateur,
Malheureux ! sa bonté de son oeuvre est absente,
Vous cherchez votre appui ? l’univers vous présente
Votre persécuteur.

De quel nom te nommer, ô fatale puissance ?
Qu’on t’appelle destin, nature, providence,
Inconcevable loi !
Qu’on tremble sous ta main, ou bien qu’on la blasphème,
Soumis ou révolté, qu’on te craigne ou qu’on t’aime,
Toujours, c’est toujours toi !

Hélas ! ainsi que vous j’invoquai l’espérance ;
Mon esprit abusé but avec complaisance
Son philtre empoisonneur ;
C’est elle qui, poussant nos pas dans les abîmes,
De festons et de fleurs couronne les victimes
Qu’elle livre au Malheur. Continuer la lecture de « « Le Désespoir » par Alphonse de Lamartine »

« La Complaînte du désespéré » de Joachim du Bellay

La Complaînte du désespéré

Qui prêtera la parole
A la douleur qui m’affole ?
Qui donnera les accents
A la plainte qui me guide :
Et qui lâchera la bride
A la fureur que je sens ?

Qui baillera double force
A mon âme, qui s’efforce
De soupirer mes douleurs ? 
Et qui fera sur ma face
D’une larmoyante trace
Couler deux ruisseaux de pleurs ?… Continuer la lecture de « « La Complaînte du désespéré » de Joachim du Bellay »

« Chanson d’une dame dans l’ombre » de Paul Celan

Femme dans l'ombre

« Chanson d’une dame dans l’ombre »

Femme dans l'ombre
mée perdu dans le noir par Arnaud D.

Quand vient la Silencieuse et coupe la tête des tulipes :
Qui gagne ?
Qui perd ?
Qui s’avance vers la fenêtre ?
Qui nomme en premier son nom ?
Il en est un, qui porte mes cheveux
Il les porte comme on porte les morts à bout de bras.
Il les porte comme le ciel portait mes cheveux dans l’année, celle où j’aimais
Ainsi il les portait par vanité
Celui-là gagne.
Celui-là ne perd pas.
Celui-là ne s’avance pas vers la fenêtre
Celui-là ne nomme pas son nom.
Il en est un, qui a mes yeux. Continuer la lecture de « « Chanson d’une dame dans l’ombre » de Paul Celan »

« Pressé de désespoir, mes yeux flambants je dresse » de Théodore Agrippa d'Aubigné

Pressé de désespoir, mes yeux flambants je dresse

[singlepic id=138 w=240 h=320 mode=web20 float=right]Pressé de désespoir, mes yeux flambants je dresse
À ma beauté cruelle, et baisant par trois fois
Mon poignard nu, je l’offre aux mains de ma déesse,
Et lâchant mes soupirs en ma tremblante voix,
Ces mots coupés je presse :

 » Belle, pour étancher les flambeaux de ton ire,
Prends ce fer en tes mains pour m’en ouvrir le sein,
Puis mon coeur haletant hors de son lieu retire,
Et le pressant tout chaud, étouffe en l’autre main
Sa vie et son martyre. Continuer la lecture de « « Pressé de désespoir, mes yeux flambants je dresse » de Théodore Agrippa d'Aubigné »

« L'amant désespéré » de Nicolas Gilbert

L’amant désespéré

[singlepic id=117 w=320 h=240 mode=web20 float=right]Forêts solitaires et sombres,
Je viens, dévoré de douleurs,
Sous vos majestueuses ombres,
Du repos qui me fuit respirer les douceurs.

Recherchez, vains mortels, le tumulte des villes ;
Ce qui charme vos yeux aux miens est en horreur :
Ce silence imposant, ces lugubres asiles,
Voilà ce qui peut plaire au trouble de mon coeur. Continuer la lecture de « « L'amant désespéré » de Nicolas Gilbert »

« Oubli » de Catulle Mendès

Oubli

[singlepic id=115 w=240 h=320 mode=web20 float=right]Allez, vieilles amours, chimères,
Caresses qui m’avez meurtri,
Tourments heureux, douceurs amères,
Abandonnez ce cœur flétri !

Sous l’azur sombre, à tire-d’ailes,
Dans l’espoir d’un gîte meilleur,
Fuyez, plaintives hirondelles,
Le nid désormais sans chaleur !

Tout s’éteint, grâce aux jours moroses,
Dans un tiède et terne unisson.
Où sont les épines des roses ?
Où sont les roses du buisson ? Continuer la lecture de « « Oubli » de Catulle Mendès »

« Enfants du désespoir » de Cypora Sebagh

boy in white polo shirt crying

Enfants du désespoir

Enfants du désespoir, du Mali, du Soudan,
Enfants persécutées, compagnes de galère ;
Qui a le droit de mutiler vos corps d’enfants ?
Meurtries, martyrisées, vous n’avez qu’à vous taire !

A Bamako comme à Kaboul ou Dongola,
Nul ne vous voit, ils vous ont volé la lumière !
Ce monde est fou et muselé par des mollahs !
…La liberté n’a pas de nom, ni de frontières ! Continuer la lecture de « « Enfants du désespoir » de Cypora Sebagh »