« Chanson d’une dame dans l’ombre » de Paul Celan

Femme dans l'ombre

« Chanson d’une dame dans l’ombre »

Femme dans l'ombre
mée perdu dans le noir par Arnaud D.

Quand vient la Silencieuse et coupe la tête des tulipes :
Qui gagne ?
Qui perd ?
Qui s’avance vers la fenêtre ?
Qui nomme en premier son nom ?
Il en est un, qui porte mes cheveux
Il les porte comme on porte les morts à bout de bras.
Il les porte comme le ciel portait mes cheveux dans l’année, celle où j’aimais
Ainsi il les portait par vanité
Celui-là gagne.
Celui-là ne perd pas.
Celui-là ne s’avance pas vers la fenêtre
Celui-là ne nomme pas son nom.
Il en est un, qui a mes yeux. Continuer la lecture de « « Chanson d’une dame dans l’ombre » de Paul Celan »

« Gente Dame » de Tristan Corbière

Gente Dame

Il n’est plus, ô ma Dame,
D’amour en cape, en lame,
Que Vous ! …
De passion sans obstacle,
Mystère à grand spectacle,
Que nous ! …

Depuis les Tour de Nesle
Et les Château de Presle,
Temps frais,
Où l’on couchait en Seine
Les galants, pour leur peine…
– Après. –

Quand vous êtes Frisette,
Il n’est plus de grisette
Que Toi ! …
Ni de rapin farouche,
Pur Rembrandt sans retouche,
Que moi !

Qu’il attende, Marquise,
Au grand mur de l’église
Flanqué,
Ton bon coupé vert-sombre,
Comme un bravo dans l’ombre,
Masqué.

– A nous ! – J’arme en croisière
Mon fiacre-corsaire,
Au vent,
Bordant, comme une voile,
Le store qui nous voile :
– Avant ! … Continuer la lecture de « « Gente Dame » de Tristan Corbière »

« Le cri du cœur » de Maurice Rollinat

Le cri du cœur

Rondement, Mathurin
Mène dans sa carriole
La Dame qui s’affole
De filer d’un tel train.

Elle crie au trépas !
Le vieux dit :  « Not’ maîtresse,
N’soyez point en détresse
Puisque moi j’y suis pas.

Si y’avait du danger
Vous m’verriez m’affliger
Tout comm’ vous, encor pire !

Pac’que, j’m’en vas vous dire :
J’tiens à vos jours, mais j’tiens
P’tèt’ encor plus aux miens. »

Maurice Rollinat

 
[singlepic id=75 w=240 h=320 mode=web20 float=center]

20110429 59a Carolus-Duran La dame en noir Par Awfulknitter

« La dame en noir » d'Émile Verhaeren

La dame en noir

– Dans la ville d’ébène et d’or,
Sombre dame des carrefours,
Qu’attendre, après tant de jours,
Qu’attendre encor ?

– Les chiens du noir espoir ont aboyé, ce soir,
Vers les lunes de mes deux yeux,
Si longuement, vers mes deux yeux silencieux,
Si longuement et si terriblement, ce soir,
Vers les lunes de mes deux yeux en noir.

Dites, quels feux agitent-ils mes crins,
Pour affoler ainsi ces chiens,
Et quelle ardeur règne en mes reins
Et dans mon corps toisonné d’or ?

– Sombre dame des carrefours,
Qu’attendre, après de si longs jours,
Qu’aittendre ?

– Vers quel paradis noir font-ils voile mes seins,
Et vers quels horizons ameutés de tocsins ?
Dites, quel Walhalla tumultueux de fièvres
Ou quels chevaux cabrés vers l’amour sont mes lèvres ?

Dites, quel incendie et quel effroi
Suis-je ? pour ces grands chiens, qui me lèchent ma rage,
Et quel naufrage espèrent-il en mon orage
Pour tant chercher leur mort en moi ?

– Sombre dame des carrefours,
Qu’attendre après de si longs jours ?

– Mes yeux, comme des pierres d’or,
Luisent pendant les nuits charnelles :
Je suis belle comme la mort
Et suis publique aussi comme elle.

Aux douloureux traceurs d’éclairs
Et de désirs sur mes murailles,
J’offre le catafalque de mes chairs
Et les cierges des funérailles.

Je leur donne tout mon remords
Pour les soûler au seuil du porche,
Et le blasphème de mon corps
Brandi vers Dieu comme une torche. Continuer la lecture de « « La dame en noir » d'Émile Verhaeren »

« Une Dame tançoit sa Servante… » de Jean Auvray

Dame
Dame met hoed par Par Roel Wijnants

Une Dame tançoit sa Servante, accusée
D’avoir faict en joüant ce qu’on fait de là l’eau :
– « Vien-çà, nomme-le moy, pauvre fille abusée,
Le meschant qui oza chez nous faire un Bordeau !

— C’est vostre Mareschal, Madame. — Ô la rusée !
Combien as-tu de fois remmanché son marteau ?
— Il me le fit six coups en fillant ma fusée
Et si vouloit encor lever mon devanteau.

– Six coups ! ce dit la Dame, en extase ravie,
Une femme d’honneur en seroit bien servie…
Fuy d’icy, ta presence attise mon courroux !

La laide ! la soüillon ! la petite impudente !
C’est bien à telle gueuse à le faire six coups !
Je m’y passerois bien, moy qui suis presidente ! »

Jean Auvrey