« Pleine d'Heures » de Marc Dupuy

Pleine d’heure

Pleine d'heurespleine d’heures, tu es venue à moi – j’ai dit :
« tu n’as pas les cheveux bruns »
Alors tu les as soulevés, et les mis très légers sur la balance de la douleur : ils étaient plus lourds que moi

Ils viennent à toi sur des barques et les y chargent, ils les écoutent sur les marchés du plaisir —
Tu souris vers moi depuis le néant, je pleure vers toi depuis le plateau qui demeure léger.
Je pleure : tu n’as pas les cheveux bruns, ils offrent l’eau de la mer, et tu leur donnes des boucles…
Tu chuchotes : ils remplissent le monde rien que pour moi ; mais je demeure un chemin creux dans ton cœur !
Dis : mets avec toi le feuillage des années — il est temps que tu viennes et m’embrasses !

Le feuillage des années est brun. Tes cheveux ne le sont pas.

Marc DUPUY

« Requête » de Marc Dupuy

Requête

Envoie-moi un cheveu de toi
Long comme ça.
Comme une corde.

Envoie-moi un rêve de toi
Ce que tu rêves de moi
Le dernier cri de plaisir et un cristal de sueur.

Viens. Toute.

La nuit je dors sur tes lettres
J’y dors comme sur des nuages déchiquetés.
Tout vient du cerveau.

Envoie-moi une vieille dent, une demi-oreille,
Tout ce que tu possèdes.
Et envoie-moi un bonjour
Comme adressé dans un baiser.

Ton odeur, j’aimerais pleurer autrement.

Renvoie-moi un petit quelque chose de moi
J’en ai besoin pour t’aimer.

Marc Dupuy

Requête

« Au rendez vous des amis » d'André Laude

Au rendez vous des amis

 À Madame David

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« Les Cheveux » de Rémy de Gourmont

Les Cheveux

Simone, il y a un grand mystère
Dans la forêt de tes cheveux.

Tu sens le foin, tu sens la pierre
Où des bêtes se sont posées ;
Tu sens le cuir, tu sens le blé,
Quand il vient d’être vanné ;
Tu sens le bois, tu sens le pain
Qu’on apporte le matin ;
Tu sens les fleurs qui ont poussé
Le long d’un mur abandonné ;
Tu sens la ronce, tu sens le lierre
Qui a été lavé par la pluie ;
Tu sens le jonc et la fougère
Qu’on fauche à la tombée de la nuit ;
Tu sens la ronce, tu sens la mousse,
Tu sens l’herbe mourante et rousse
Qui s’égrène à l’ombre des haies ;
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« Voluptueusement berçons notre faiblesse » – Catulle Mendès

Voluptueusement berçons notre faiblesse

Reste. N’allume pas la lampe. Que nos yeux
S’emplissent pour longtemps de ténèbres, et laisse
Tes bruns cheveux verser la pesante mollesse
De leurs ondes sur nos baisers silencieux.

Nous sommes las l’un autant que l’autre. Les cieux
Pleins de soleil nous ont trompés. Le jour nous blesse.
Voluptueusement berçons notre faiblesse
Dans l’océan du soir morne et silencieux.

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