« Le bonheur » de Charles-Louis de Malfilatre

Le bonheur

Ode

Dans mon sein, vérité suprême,
Descends du ciel pour m’éclairer.
Je veux me connaître moi-même ;
Il est honteux de s’ignorer.
Du coeur humain perçons l’abîme ;
C’est de cette étude sublime
Que l’homme s’occupe le moins.
Dans ce coeur porte la lumière :
Montre-moi la cause première
Et le vrai but de tous ses soins.

Le bonheur est la fin unique,
Où tendent les voeux des humains ;
C’est lui que notre esprit s’applique
À chercher par divers chemins.
Sans en comprendre la nature,
Chacun le place à l’aventure
Dans l’objet dont il est flatté ;
L’ambitieux le nomme gloire ;
Le guerrier l’appelle victoire,
Et le libertin volupté.

De son nom la beauté nous frappe ;
On aime à s’en entretenir ;
Mais son essence nous échappe,
Quand nous voulons le définir.
Une idée obscure et confuse
N’en laisse, à l’esprit qu’elle abuse,
Entrevoir que quelques éclairs
Tel oeil à travers un nuage
Du soleil caché voit l’image
Qui se joue encor dans les airs.

Ah ! si loin des bords de ce globe,
Tu n’as pas fui sous d’autres cieux,
Bonheur ! quel séjour te dérobe
Si longtemps à nos tristes yeux ?
Ces dieux qui portent la couronne,
Et que la mollesse environne,
T’enferment-ils dans leur trésor ?
Est-ce ta lumière immortelle
Qui dans l’escarboucle étincelle,
Ou qui nous éblouit dans l’or ?

De tous les faux biens l’homme avide
En vain recherche le secours ;
Ils n’ont jamais rempli le vide
Que dans lui-même il sent toujours :
(Des fleuves, au sein d’Amphitrite
Ainsi l’onde se précipite,
Sans en remplir la profondeur),
Et l’aliment qu’il donne encore
Au feu secret qui le dévore
Ne fait qu’en ranimer l’ardeur. Continuer la lecture de « « Le bonheur » de Charles-Louis de Malfilatre »