« Le serpent qui danse » de Charles Baudelaire

Le serpent qui danse

Je suis le Serpent
Je suis le Serpent Par mll

Que j’aime voir, chère indolente,
De ton corps si beau,
Comme une étoffe vacillante,
Miroiter la peau!

Sur ta chevelure profonde
Aux âcres parfums,
Mer odorante et vagabonde
Aux flots bleus et bruns,

Comme un navire qui s’éveille
Au vent du matin,
Mon âme rêveuse appareille
Pour un ciel lointain. Continuer la lecture de « « Le serpent qui danse » de Charles Baudelaire »

« Une charogne » de Charles Baudelaire

Une charogne

Charogne
Flying high above Par Ludovic Hirlimann

Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d’été si doux :
Au détour d’un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Le ventre en l’air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d’exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu’ensemble elle avait joint ; Continuer la lecture de « « Une charogne » de Charles Baudelaire »

« Les promesses d'un visage » de Charles Baudelaire

« Les promesses d’un visage »

[singlepic id=124 w=240 h=320 mode=web20 float=right]J’aime, ô pâle beauté, tes sourcils surbaissés,
D’où semblent couler des ténèbres;
Tes yeux, quoique très noirs, m’inspirent des pensers
Qui ne sont pas du tout funèbres.

Tes yeux, qui sont d’accord avec tes noirs cheveux,
Avec ta crinière élastique,
Tes yeux, languissamment, me disent: «Si tu veux,
Amant de la muse plastique, Continuer la lecture de « « Les promesses d'un visage » de Charles Baudelaire »

« L'amour du mensonge » de Charles Baudelaire

L’amour du mensonge

Quand je te vois passer, ô ma chère indolente,
Au chant des instruments qui se brise au plafond
Suspendant ton allure harmonieuse et lente,
Et promenant l’ennui de ton regard profond ;

Quand je contemple, aux feux du gaz qui le colore,
Ton front pâle, embelli par un morbide attrait,
Où les torches du soir allument une aurore,
Et tes yeux attirants comme ceux d’un portrait,

Je me dis : Qu’elle est belle ! et bizarrement fraîche !
Le souvenir massif, royale et lourde tour,
La couronne, et son cœur, meurtri comme une pêche,
Est mûr, comme son corps, pour le savant amour. Continuer la lecture de « « L'amour du mensonge » de Charles Baudelaire »

« Le Fou et la Vénus » de Charles Baudelaire

Le Fou et la Vénus

YATSU EN CAMISOLE DE FORCE
YATSU EN CAMISOLE DE FORCE Par BLACKDEAMON …By ELIKA

Quelle admirable journée ! Le vaste parc se pâme sous l’œil brûlant du soleil, comme la jeunesse sous la domination de l’Amour.
L’extase universelle des choses ne s’exprime par aucun bruit ; les eaux elles-mêmes sont comme endormies. Bien différente des fêtes humaines, c’est ici une orgie silencieuse.
On dirait qu’une lumière toujours croissante fait de plus en plus étinceler les objets ; que les fleurs excitées brûlent du désir de rivaliser avec l’azur du ciel par l’énergie de leurs couleurs, et que la chaleur, rendant visibles les parfums, les fait monter vers l’astre comme des fumées. Continuer la lecture de « « Le Fou et la Vénus » de Charles Baudelaire »

« La mort des cochons » de Paul Verlaine

La mort des cochons

Nous reniflerons dans les pissotières,
Nous gougnotterons loin des lavabos,
Et nous lècherons les eaux ménagères
Au risque d’avoir des procès-verbaux.

Foulant à l’envi les pudeurs dernières,
Nous pomperons les vieillards les moins beaux,
Et fourrant nos nez au sein des derrières,
Nous humerons la candeur des bobos.

Un soir plein de foutre et de cosmétique,
Nous irons dans un lupanar antique
Tirer quelques coups longs et soucieux.

Et la maquerelle entrouvrant les portes
Viendra balayer – ange chassieux –
Les spermes éteints et les règles mortes.

Paul Verlaine

Parodie de La Mort des Amants de Charles Baudelaire…

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S(pig)ot Par squacco

« À une dame créole » de Charles Baudelaire

Dame Créole

À une dame créole

Menton Creole Festival Par freefotouk
Menton Creole Festival Par freefotouk

Au pays parfumé que le soleil caresse,
J’ai connu, sous un dais d’arbres tout empourprés
Et de palmiers d’où pleut sur les yeux la paresse,
Une dame créole aux charmes ignorés.

Son teint est pâle et chaud ; la brune enchanteresse
A dans le cou des airs noblement maniérés ;
Grande et svelte en marchant comme une chasseresse,
Son sourire est tranquille et ses yeux assurés.

Si vous alliez, Madame, au vrai pays de gloire,
Sur les bords de la Seine ou de la verte Loire,
Belle digne d’orner les antiques manoirs,

Vous feriez, à l’abri des ombreuses retraites,
Germer mille sonnets dans le cœur des poètes,
Que vos grands yeux rendraient plus soumis que vos noirs.

Charles Baudelaire

« Les fleurs du mal »