« Je ne chanterai pas très haut ni très longtemps » par Odilon-Jean Périer

Ombre et Limière

Je ne chanterai pas très haut ni très longtemps

Je ne chanterai pas très haut ni très longtemps.

Sexy Woman
Café par Efes

C’est à mon plaisir seul, à vous que je m’attends
Égalité du coeur, honnête poésie.
Je n’ai rien de meilleur que cette humeur unie,
J’éprouve la couleur le grain de mon papier
Et l’incertain trésor que j’y viens gaspiller.

Toute pleine de moi, page sans bornes, vive
Étendue où respire une blanche captive,
Mon amour est sur toi comme un ciel éclairé.
Je me retrouve ici seul et désaltéré.
J’ai placé mon bonheur dans un calme langage :
J’aime, et jusqu’aux détours, la route où je m’engage.

Il est sur la cité cinq heures du matin
Dont les vapeurs de l’aube ont brouillé le dessin.
Déjà le boulanger quitte son four sonore,
La nuit aux marronniers, pâle, repose encore,
L’espace doucement a reçu les oiseaux
Et la sirène crie au milieu des bateaux. Continuer la lecture de « « Je ne chanterai pas très haut ni très longtemps » par Odilon-Jean Périer »

« Un chant d'amour » de Jean Genet

Jeune femme s'habllant

Un chant d’amour

BERGER descends du ciel où dorment tes brebis !
(Au duvet d’un berger bel Hiver je te livre)
Sous mon haleine encore si ton sexe est de givre
Aurore le défait de ce fragile habit.

Est-il question d’aimer au lever du soleil ?
Leurs chants dorment encore dans le gosier des pâtres.
Écartons nos rideaux sur ce décor de marbre :
Ton visage ahuri saupoudré de sommeil.

Ô ta grâce m’accable et je tourne de l’œil
Beau navire habillé pour la noce des Iles
Et du soir. Haute vergue! Insulte difficile
Ô mon continent noir ma robe de grand deuil !
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« Chant d'Amour (IV) » d'Alphonse de Lamartine

Chant d’Amour (IV)

Pourquoi de tes regards percer ainsi mon âme ?
Baisse, oh ! baisse tes yeux pleins d’une chaste flamme :
Baisse-les, ou je meurs.
Viens plutôt, lève-toi ! Mets ta main dans la mienne,
Que mon bras arrondi t’entoure et te soutienne
Sur ces tapis de fleurs.


Aux bords d’un lac d’azur il est une colline
Dont le front verdoyant légèrement s’incline
Pour contempler les eaux ;
Le regard du soleil tout le jour la caresse,
Et l’haleine de l’onde y fait flotter sans cesse
Les ombres des rameaux.

Entourant de ses plis deux chênes qu’elle embrasse,
Une vigne sauvage à leurs rameaux s’enlace,
Et, couronnant leurs fronts,
De sa pâle verdure éclaircit leur feuillage,
Puis sur des champs coupés de lumière et d’ombrage
Court en riants festons.

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« Chant Premier – 7 » de Lautréamont

Chant Premier

J’ai fait un pacte avec la prostitution afin de semer le désordre dans les familles. Je me rappelle la nuit qui précéda cette dangereuse liaison. Je vis devant moi un tombeau. J’entendis un ver luisant, grand comme une maison, qui me dit : « Je vais t’éclairer. Lis l’inscription. Ce n’est pas de moi que vient cet ordre suprême. » Une vaste lumière couleur de sang, à l’aspect de laquelle mes mâchoires claquèrent et mes bras tombèrent inertes, se répandit dans les airs jusqu’à l’horizon. Je m’appuyai contre une muraille en ruine, car j’allais tomber, et je lus : « Ci-gît un adolescent qui mourut poitrinaire : vous savez pourquoi. Ne priez pas pour lui. » Beaucoup d’hommes n’auraient peut-être pas eu autant de courage que moi. Pendant ce temps, une belle femme nue vint se coucher à mes pieds. Moi, à elle, avec une figure triste : « Tu peux te relever. » Je lui tendis la main avec laquelle le fratricide égorge sa sœur. Le ver luisant, à moi : « Toi, prends une pierre et tue-la. — Pourquoi ? lui dis-je. » Lui, à moi : « Prends garde à toi ; le plus faible, parce que je suis le plus fort. Continuer la lecture de « « Chant Premier – 7 » de Lautréamont »