« Chanson » de Bonaventure Des Périers

Chanson

 À Claude Bectone, Dauphinoise.

Si Amour n’était tant volage
Ou qu’on le pût voir en tel âge
Qu’il sût les labeurs estimer,
On pourrait bien sans mal aimer.

Si Amour avait connaissance
De son invincible puissance,
Laquelle il oit tant réclamer,
On pourrait bien sans mal aimer.

Si Amour découvrait sa vue
Aussi bien qu’il fait sa chair nue,
Quand contre tous se veut armer,
On pourrait bien sans mal aimer.

Si Amour ne portait les flèches
Dont aux yeux il fait maintes brèches
Pour enfin les coeurs consommer,
On pourrait bien sans mal aimer.

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« La Chanson du Mal-aimé » de Guillaume Apollinaire

La Chanson du Mal-aimé

Peindre
Peindre par 2

Un soir de demi-brume à Londres
Un voyou qui ressemblait à
Mon amour vint à ma rencontre
Et le regard qu’il me jeta
Me fit baisser les yeux de honte

Je suivis ce mauvais garçon
Qui sifflotait mains dans les poches
Nous semblions entre les maisons
Onde ouverte de la Mer Rouge
Lui les Hébreux moi Pharaon

Oue tombent ces vagues de briques
Si tu ne fus pas bien aimée
Je suis le souverain d’Égypte
Sa soeur-épouse son armée
Si tu n’es pas l’amour unique

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« Les yeux qui me surent prendre » de Mellin de Saint-Gelais

Les yeux qui me surent prendre

Chanson

Ses Yeux
L’ENCRE DE SES YEUX … Par gmayster01 on & off …

Les yeux qui me surent prendre
Sont si doux et rigoureux
Que mon cœur n’ose entreprendre
De s’en montrer langoureux.
Il se sent mourir pour eux
Et feint d’être sans douleur.
Ô que celui est heureux
Qui peut dire son malheur ! Continuer la lecture de « « Les yeux qui me surent prendre » de Mellin de Saint-Gelais »

« J'ai tant d'amour au cœur » – Bernart de Ventadour

J’ai tant d’amour au cœur

poussières sur deux coeurs
poussières sur deux cœurs Par francois et fier de l’Être

J’ai le cœur si plein de joie,
Tout se dénature !
Et fleur blanche qui rougeoie
Semble la froidure ;
Par le vent, la pluie, s’accroît
Ma bonne aventure ;
Mon chant monte et se déploie
Et mon prix perdure.
J’ai au cœur tant d’amour,
De joie et de douceur,
Que le gel me semble fleur,
La neige verdure.

Je puis aller sans vêture,
Nu sous ma chemise,
Car un pur amour m’assure
De la froide bise,
Mais fou qui par démesure
N’en fait qu’à sa guise !
De moi-même j’ai pris cure
Dès que l’eus requise :
La plus belle d’amour,
Dont j’attends tant d’honneur,
Car en lieu de sa grandeur
Je ne voudrais Pise !

Quoiqu’elle me l’interdise,
Je garde confiance !
Car j’ai au moins conquise
Sa douce obligeance ;
J’eus, bien qu’elle m’éconduise,
Tant de réjouissance,
Qu’au revoir n’auront d’emprise,
Sur moi mes souffrances !
Mon cœur est près d’Amour,
L’esprit auprès du cœur,
Mais le corps ici, ailleurs,
Si loin d’elle, en France.

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« Chanson » de Pierre Corneille

Chanson

Si je perds bien des maîtresses,
J’en fais encor plus souvent,
Et mes vœux et mes promesses
Ne sont que feintes caresses,
Et mes vœux et mes promesses
Ne sont jamais que du vent.

Quand je vois un beau visage,
Soudain je me fais de feu,
Mais longtemps lui faire hommage,
Ce n’est pas bien mon usage,
Mais longtemps lui faire hommage,
Ce n’est pas bien là mon jeu.

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